‹ Pierre OlivaintChapitre 56 sur 293 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

s'est relevé comme lui témoin et défenseur de la vcrilé. Pendant qu'il était à Rennes, je songeais déjà qu'il pourrait devenir dominicain; je songeais à le nicltre en rapport avec vous s'il arrivait à temps pour cela. Les choses se sont arrangées par la volonté de Dieu de telle sorte qu'il a pu vous voir. Aujourd'hui il est décidé à vous rejoindre; il commence même à donner des leçons dans le but de gagner, s'il se peut, l'argent du voyage. Quelle réponse dois-je lui foire de votre part?

« Si vous acceptez son dévouement, avant qu'il me quitte je veux établir en Dieu, entre lui et moi, par la sainte communion le rapport mystique qui, malgré la séparation, m'unit à vous dans votre œuvre même. Car en prenant avec vous et les vôtres le corps et le sang de Jésus-Christ, je ne me suis pas seulement associé par les vœux de mon cœur «à votre entreprise, mais il me semble que j'ai contracté en quelque sorte au pied de l'autel les mêmes engagements que vous. Je voudrais pouvoir dire que j'ai reçu les mêmes grâces. Je vous ai accompagné jusqu'au dernier moment; si vous appelez Hernsheim, j'irai lui faire comme à vous les adieux et la reconduite. Ainsi, je vous aurai tous vus partir, et je serai resté là comme un voyageur inquiet dont le tour n'est pas venu.

« Aimez-moi, mon père, comme vous aimez mon frère Réquédat, animœ dimidium meœ.

« Priez pour moi, mon père,, avec mon frère Réquédat. Et si j'ose appeler sur d'autres l'intention de vos pieuses veilles, priez aussi pour ma mère qui

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revient à Dieu et pour celui qui a été mon père selon la chair comme vous l'êtes selon l'esprit. Hippolyte vous dira quelques mots sur sa triste mort. L'espoir de soulager un peu sa pauvre âme est l'une des raisons qui m'entraînent vers une vie de sacrifice et de pénitence.

« Encore une fois, mon père, priez pour moi comme je prie pour vous. Que l'esprit de Dieu se repose sur vous; qu'il vous sanctifie et vous conduise! Dieu depuis quelques années regarde la France en pi lié, et sa clémence se fait merveilleusement sentir. Puissiez-vous être dans ses mams des instruments dociles, et en même temps que vous appellerez au salut les âmes dévoyées, régler par la foi la marche de notre pays, et le pousser vers des destinées meilleures. La France en ce moment s'agite comme un malade ; elle ne paraît pas penser que l'Église veille sur elle comme sur sa fille aînée et que, dans un cloître de Rome, quelques moines, prêts à mourir pour elle, se préparent dans les austérités à guérir ses blessures. Beaucoup cependant ont les yeux tournés vers vous avec espérance et seront heureux de se consacrer à la même cause; mais peu d'entre eux, je le crois,, peuvent se dire autant que moi

a Votre enfant et votre dévoué serviteur eD Jésus- Christ,

ce Olivaint. »

11 résulte de cette lettre que Pierre n'avait pas perdu tout espoir de revêtir la robe blanche de saint

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