‹ Pierre OlivaintChapitre 57 sur 293 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dominique, et qu'en attendant, il s'employait avec ardeur à recruter à la nouvelle milice de vaillants soldats. Dans le dessein de Dieu, Hernsheim devait être son digne remplaçant.

A peine convalescent de la miséricordieuse maladie qui l'avait transfiguré, le juif converti, le rationaliste pénitent, s'était consacré tout entier à la prière et aux bonnes œuvres; il se plaisait surtout aux pieux entretiens de ses amis de l'École. Il était naturel qu'il suivît les plus fervents jusqu'au modeste appartement de la rue de Grenelle où le futur dominicain parlait de ses projets avec une chaleur communicative. Hernsheim se demanda bientôt si Dieu ne l'appelait pas, lui aussi, à la perfection religieuse; mais il mit, à s'en ouvrir, moins de hâte que Réquédat et Olivaint. Non pas qu'il posât des bornes à sa générosité et prétendît ne se donner qu'avec réserve: son âme était de celles qui ne savent rien faire à demi. Olivaint, excellent juge en fait de dévouement, répétait constamment que ce qui lui plaisait dans Hernsheim, c'était l'afcso/it de son sacrifice et la franchise de sa conversion.

Maintenant qu'il se croyait à peu près certain de la volonté divine, Hernsheim confiait son secret à Pierre, et le faisait son médiateur auprès du P. Lacordaire. Celui-ci accéda joyeusement à la prière de l'humble postulant, mais il crut qu'une aussi faible santé exigeait des ménagements incompatibles avec les rigueurs du noviciat, et il ajourna la réception <\ l'année suivante, malgré les supplications du généreux jeune homme, qui « aurait mieux ^inié mourir

en étudiant la religion qu'en enseignant la philosophie. «

Il dut pourtant se soumettre, et après un an donné au repos et à la rétlexion, il prit enfin la mer à Marseille; quelques jours après, il entrait au noviciat de Sainte-Sabine. Il n'avait que vingt-quatre ans.

Hernsheim laissa après lui d'universels regrets, u Je l'ai connu, dit un de ses amis, dans notre société de Saint-Yincent de Paul, où il était entré avec beaucoup de simplicité, où il a fait un bien incroyable par son activité et son dévouement, et dont enfin il avait accepté la vice -présidence. Nous l'aimions tous beaucoup, et il nous le rendait bien ; car lorsqu'il dut nous apprendre son départ, le cœur lui manqua. Il me pria de m'en charger, parce qu'il m'avait déjà tout dit, et il put voir à la manière dont chacun de nous lui serra la main et l'embrassa que nous sentions bien vivement la douleur de le perdre*. «

Hernsheim, de son côté, révélait, avec son habituelle sincérité, le déchirement de son âme au moment de la séparation. « C'est en m'éloignant que j'ai senti combien je suis attaché à vous et à mes confrères de la Conférence de Saint-Médard. C'est en m'éloignant que je me suis aperçu que le moindre de mes sacrifices n'était pas de quitter brusquement cette chère et petite société de Saint-Vincent de Paul. . Le cœur me bat à l'idée de quitter la France

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