‹ Pierre OlivaintChapitre 63 sur 293 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avait, contre toute prévision et malgré les hommes, rencontré Dieu? N'était-ce pas là qu'il avait noué des amitiés fortes et tendres, scellées par le sang de Jésus-Christ, et signalé son premier apostolat par l)lus d'une heureuse conquête?

Cette première peine s'aggravait d'une séparation hien autrement cruelle. Nommé professeur d'histoire à Grenoble, il allait donc quitter Paris. Peu lui importait le Paris de la dissipation et du plaisir, le Paris de la politique et des affaires. Mais il est, dans cette immensité et celte multitude, un autre Paris inconnu du grand nombre et que les Guides oublient de signaler aux touristes. C'est le Paris catholique. Pierre le savait par cœur ; il avait prié dans ses églises, pris part à ses fêtes, concouru à ses œuvres. Il fallait dire adieu à Notre-Dame, aux célèbres Conférences, aux imposantes solennités du carême et de la retraite pascale , ne plus visiter de longtemps le sanctuaire béni de Notre-Dame des Victoires, déserter sa chère conférence de Saint-Médard et les pauvres, sa famille adoptive.

Et que dire de son chagrin à la pensée de vivre loin de sa mère! Seul l'amour filial put adoucir le sacrifice que lui-même imposait : « Je ne veux pas m'exposer à végéter, écrivait Pierre, puisque avant tout, ie veux aider m i petite mère.... Tout pour elle et rien pour moi. •>->

Cette séparation fut sa grande douleur. Heureusement ses intimes amis d'enfance s'engagèrent à tenir sa place auprès de cette mère désolée, et ils furent admirablement fidèles k leur promesse. Voici en quels

termes Pierre les remerciait tous , en s'adressant à l'un d'eux.

« Grenoble, 25 novembre 1839.

« Cher ami, cher frère, car je le voudrais, que maintenant je ne pourrais plus t'appeler autrement, après tous ces soins, aussi empressés que ceux d'un fils, que tu prodigues à ma mère, comme si elle était ta mère. Cher frère, laisse-moi t'exprimer d'abord la joie et la consolation que j'ai éprouvées de ton dévouement A notre amitié, et la reconnaissance qu'il m'inspire. Je savais bien que je pouvais compter sur toi, sur vous tous, et après la confiance que j'avais en Dieu, c'est la sécurité que je trouvais, en songeant à vous par rapport à ma mère, qui a soutenu mon courage ; si je n'ai pas versé une seule larme pendant mes cent cinquante lieues, c'est bien à vous que je le dois.

« J'ai peu de choses à te dire sur mon installation, sur tout ce qui me concerne. Je considère mes lettres à ma mère comme des lettres communes, et je sais qu'avec des restrictions bien rares, h cause de la franche amitié qui règne entre nous, mes lettres vont passant de main en main, en attendant que je vous passe de bras en bras pour vous embrasser tous au retour. ^^

Le Parisien dépaysé s'était établi de son mieux dans sa nouvelle résidence. « J'occupe, écrivait -il, une fort gentille petite chambre, au troisième étage d'une maison de ia rue Vaucanson, numéro 2, la plus belle rue de Grenoble. » C'est \h qu'il demeura

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