‹ Pierre OlivaintChapitre 64 sur 293 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

durant les quelques mois de son séjour. La propriétaire qui lui loua cet appartement était une vénérable et pieuse veuve, bien connue à Grenoble par son dévouement à toutes les bonnes œuvres. Elle témoigna au jeune professeur une sollicitude maternelle et jusqu'à sa mort elle regarda comme une grâce de Dieu d'avoir reçu « cet ange du ciel. » C'est ainsi qu'elle se plaisait à nommer Pierre Olivaint*.

Celui-ci, malgré la beauté de la rue Vaucanson et la gentillesse de sa petite chambre, eut quelque peine à se faire à sa situation nouvelle. Dans son exil, il désirait que quelqu'un vînt lui apporter des consolations. « Je te supplie, mon cher Henri, de venir me montrer un peu un visage parisien et ami où je retrouve comme l'expression de tout ce que j'ai quitté. J'espère bien qu'aux environs de Pâques, un beau soir ou un beau matin, on viendra me dire qu'un monsieur me demande, et j'aurai le bonheur de sauter dans tes bras. Que de choses tu vas avoir à me dire! Que de nouvelles! Mais pour moi, je n'aurai que bien peu h. le raconter. La vie de province que je ne soupçonnais guère, n'est pas variée par les événements ! Le travail des idées ne se fait pas ici. »

Pierre Olivaint semble avoir eu d'abord quelques préventions conlre cette ville où, dit-il, « l'esprit politique dont on lui fait honneur est bien froid, le mouvement religieux bien faible aussi, le nombre des

1. <» Si je n'avais pas rencontre ceùe bonne Mme Bonnet, qui m'a soigné comme une mère, je ne sais pas ce que je serais devenu. » (Lettre du 12 mai 1840.)

jeunes gens catholiques qui veulent agir bien restreint encore. » Mais peu à peu Grenoble gagna toutes ses sympathies. Malgré quelques apparences contraires, la capitale du Dauphiaé était, en effet, profondément attachée à la foi. Elle l'avait bien prouvé, en 1805, à l'époque du jubilé et de la grande mission prêchée parles PP. Gloriot et Lambert, et plus tard, en 1818, durant le séjour de M. Rauzan et des missionnaires de France. Or, dans l'hiver de 1839, Pierre Olivaint eut la joie d'assister à de semblables manifestations religieuses, tandis que le P. de Ravignan prêchait la station de Tavent à la cathédrale. « Le passage de M. de Ravignan parmi nous, mande-t il à ses amis de Paris, a produit une admirable impression. » Pour lui, il mit à profit la présence de son sage guide, afin de régler sa vie nouvelle. S'inspirant de ses conseils, il se promit de faire à Grenoble tout le bien possible, par l'enseignement à l'intérieur du collège, au dehors, par le dévouement aux bonnes œuvres.

Malgré le zèle de plusieurs, l'indifférence et le respect humain exerçaient sur un grand nombre d'âmes leur triste tyrannie. Pour lutter contre ce mal, il fallait un grand courage, surtout dans une ville de province où tout le monde se connaît, se surveille, se critique; là, malheur à celui qui se singularise en montrant des opinions plus saines, une conduite plus édifiante! Il ne déplaisait pas à Olivaint de remonter le courant, et d'affirmer hautement son indépendance. Il choisit pour directeur un professeur du Grand Séminaire, M. Albertin, mort depuis en

Page 1