‹ Pierre OlivaintChapitre 65 sur 293 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

odeur de sainlclc*. Ces doux ùmcs se comprirent bien vite. M. Albertin, découvrant dans son jeune pénitent, avec des qualités éminentes, une volonté droite et énergique, l'invita à communier souvent, c'est-àdire quatre ou cinq fois par semaine. Olivaint obéit avec transport. On le voyait pieusement agenouillé chaque matin dans la chapelle de la Sainte-Vierge à l'église de Notre-Dame, cathédrale de Grenoble. C'est là qu'il faisait ordinairement ses dévotions. Le dimanche, après avoir communié le matin, il se rendait à la messe du collège, et il y assistait avec tout le respect et toute la piété possible, afin d'inspirer aux élèves par son exemple les mêmes sentiments. Aux quatre grandes fêtes de l'année, il recevait publiquement la sainte communion à la chapelle du collège, ce Ces enfants ne pourraient en comprendre davantage, >> disait-il un jour à l'un de ses amis; « c'est cette mesure qu'il leur faut. »

Pierre préludait à la vie religieuse par une obéissance filiale aux moindres conseils de son sage directeur. Il en était récompensé par la paix ineffable dont son cœur était inondé.

M. Albertin aimait à raconter qu'un jour, il invita son disciple à faire avec lui une promenade, dont le terme devait être un des sites les plus pittoresques

1. -iPour vivre dans un séminaire, M. l'abbé Albertin n'en était pas moins l'homme des œuvres extérieures. Il les favorisait toutes, celle de la Propagation de la foi en particulier. Il aimait par prédilection celles qui ont pour but le soulagement spirituel et temporel des pauvres, des enfants, des ouvriers.... » {Vie de M. l'abbé Gérin, par le R. P. de DamaSj de la Compagnie de Jésus. Grenoble, 1870, p. 87.)

des environs de Grenoble, les grolies de Sassenage. Ce trajet de six kilomètres se fit rapidement, sans qu'Olivaint laissât distraire son regard par ce paysage enchanteur, tant il était absorbé dans un pieux entretien. On eût dit qu'il avait perdu tout sentiment de sa propre personne. Cette montagne était pour lui un Thabor, et volontiers il se fût écrié, comme autrefois saint Pierre : « Qu'il fait bon ici! » Au moment d'entrer dans les grottes rafraîchies par les cascades qui s'en échappent, le vieux prêtre, plein de sollicitude pour la santé délicate de son jeune ami et lui voyant le visage tout enflammé : « Yous avez trop chaud pour entrer, lui dit-il; nous attendrons. — Gomme il vous plaira, mon père. — Mais ne croyezvous pas avoir trop chaud? — Vraiment, je n'en sais rien.... comme vous voudrez. » Le vieillard fut obligé de poser palernellement la main sur le front brûlant du jeune homme pour en décider lui-même.

La piété d'Olivaint passait dans ses discours^ et la bouche parlait vraiment de l'abondance du cœur. Un jour qu'il conversait avec un ami : ~ « Gomme moi, lui dit-il, vous aimez beaucoup V Imitation de Notre -Seigneur Jésus-Christ; mais quel est le chapitre de ce livre incomparable que vous préférez? ^^ L'ami lui dit son sentiment. — « Pour moi, poursuivit Pierre, le chapitre que je mets au-dessus de tous les autres, c'est celui qui a pour titre : Du merveilleux effet de VamourdivinK » Et alors il se prit à lire avec enthousiasme cette page lyrique qu'on dirait écrite par un

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