Livre III, chap. v
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prophète sous la dictée de l'Esprit-Saint : c< Noble est l'amour de Jésus, il pousse aux grandes actions, il excite à désirer toujours le plus parfait.
« L'amour s'élance en haut, et ne souiïre pas d'être retenu par les choses intimes. L'amour veut être libre et dégagé de toute affection mondaine.
« Il n'est rien de plus doux que l'amour, de plus fort, de plus élevé, de plus large, de plus charmant, de plus rempli ni de meilleur au ciel et sur la terre.
« Car l'amour est né de Dieu et, par delà toutes les choses créées, il ne trouve son repos qu'en Dieu. »
Mais cette ferveur, si grande qu'elle fût, ne se trahissait jamais par des manifestations intempestives. Tout dans la conduite d'Olivaint était cahiie, réglé, sans la moindre exagération. Un ami qui le connut alors intimement, témoigne qu'en le voyant la pensée de saint Augustin se présentait d'elle-même à l'esprit. Dans le jeune professeur de Grenoble, il y avait quelque chose de cette élévation de sentiments, de cette tendresse de cœur, de cette gravité sereine qui furent, pour Augustin, les fruits et la récompense de son plein retour à Dieu.
Les amitiés qu'Olivaint ne tarda pas à nouer lui rendirent facile l'accomplissement de son plus cher dessein, la fondation d'une Conférence de Saiat-Yincent-dc-Paul. Sa charité, comme un aimant, avait attiré vers lui les quelques jeunes gens de la ville qui pratiquaient ostensiblement leurs devoirs de catholiques; ils s'abandonnèrent à ses inspirations avec confiance. Sans perdre de temps, Pierre alla s'ouvrir de son projet à M. Gérin, curé de Notre-Dame. Ce bon
prêtre, heureux de trouver dans de jeunes laïques d'humbles et zélés coopérateurs, accueillit leur proposition avec joie, et dès cette heure la Conférence fut fondée. Pour parler exactement, elle fut greffée sur une association plus ancienne, également placée sous le patronage de saint Vincent de Paul et qui s'occupait de mettre les enfants en apprentissage et de faire l'école aux ouvriers. La Conférence se recruta d'abord parmi les membres de cette réunion charitable, alors peu prospère, et leur adjoignit une élite de jeunes gens qui rivalisèrent avec eux de dévouement et d'abnégation. Elle ne tarda pas à compter soixante-quinze membres actifs, qui à la visite des pauvres unissaient plusieurs autres bonnes œuvres*. Les réunions avaient lieu dans le salon même du curé de Notre-Dame, sous la présidence de Pierre Olivaint. Celui-ci s'acquitta d'une fonction que son âge, sa qualité d'étranger et la composition peu homogène de la Conférence rendaient fort délicate, avec une prudence, un tact, une charité et une humilité admirables. Il faisait lui-même l'éducation de ses jeunes confrères, s'offrait à les accompagner dans leurs premières visites aux pauvres, et plus encore par l'exemple que par le conseil, il leur apprenait à traiter avec respect les membres souffrants de Notrc- Seigneur, à s'insinuer aimablement dans la confiance des parents par quelques témoignages d'amitié donnés aux petits enfants, à déployer enfin toutes les
1. Rapport général sur l'origine et les travaux de la Société de Saint-Vincent-de-Paul (par P. Olivaint), p. 42, 43.