CHAPITRE VI
autres industries de la charité. Oiivaint, suivant une coutume dont il ne se départit jamais, après avoir fondé l'œuvre, s'empressa de se confondre dans la foule. M. de Noailles, président de chambre à la cour de Grenoble', étant entré dans la Conférence, en reçut la direction; mais, durant quelque temps, Pierre, à chaque séance, prenait place à ses côtés, pour le mettre au courant de toutes choses. Il se réservait ainsi une bonne part de la peine, après avoir abdiqué tout l'honneur.
Celui qui fut le témoin oculaire de tout ceci, conclut en ces termes : « Nous serions infini si nous devions dire tout ce que M. Oiivaint fît à Grenoble, et tous les exemples qu'il donna durant un séjour pourtant bien court. Pendant plusieurs années, le parfum qui s'exhalait de sa vie se fit sentir encore. Il ne s'estalîaibli que lentement, à mesure que ceux qui avaient eu des rapports avec M. Oiivaint sont morts ou se sont éloignés. »
Dans une lettre du 10 janvier 1840, Pierre luimême raconte quels sont ses occupations et ses plaisirs.
ce Nous avons ici une petite Conférence de Saint- Yincent-de-Paul qui, je crois, est appelée à faire beaucoup de bien. Nous faisons en ce moment tous
1. M. de Noailles n'appartenait pas à l'illustre maison de ce nom. Sa famille était originaire du midi, et son père avait été premier président de la cour de Grenoble, Homme d'intelligence et de foi, d'une vertu à toute épreuve, il fut souvent l'inspirateur et toujours lo soulien des bonnes œuvres de la ville. Il est mort peu après le P. Oiivaint, ègé de quatre-vingts ans.
les soirs des cours pour les ouvriers, et c'est ce soir que ton serviteur aura l'honneur d'aller faire sa leçon à son tour. 11 y a ici une maison d'orphelins dont nous allons probablement ôlre bientôt chargés*. Nous songeons à étendre notre école dans les hôpitaux, la prison et les casernes. Mais nous ne farsons que de naître, et nous ne savons pas si Dieu nous prêtera vie. Les hommes, en attendant, sont assez bien disposés pour nous. L'évêque est naturellement notre chef; le maire et le préfet nous protègent; le recteur encourage et tolère, les ouvriers viennent en assez grand nombre. Il n'y a plus qu'à prier, et j'espère que tu ne me refuseras pas tes prières. Sainte Thérèse disait en secourant un pauvre : un écu et Thérèse, ce n'est rien; mais Dieu, un écu et Thérèse, cest tout.— Il est donc, tu le vois, de la dernière importance que nous mettions Dieu dans nos intérêts. «
La chanté ne prélevait néanmoins, sur les journées du professeur, que les heures de loisir. Ce que d'autres réservent au repos, il le consacrait avec bonheur au service des pauvres ; mais l'étude sérieuse, la préparation assidue de ses classes d'histoire occupait, après la prière, la première place dans sa vie.
ce En arrivant à Grenoble, écrivait-il le 12mai, quoique je fusse déjà très-fatigué, je me suis mis cependant à travailler beaucoup pour mes cours; mais le lendemain môme de mon arrivée, j'ai été attaqué par une
1. Cette œuvre, placée sous le patronage de saint Joseph, a pris da merveilleux accroissements, — Vie de M. Gérin, p. Uh et suiv.