CHAPITRE VL
épuisée de fatigue, s'assoupit un moment. L'enfant, qui jusque-là semblait dormir, leva la lôte et regardant sa mère avec tristesse : « Pauvre môre ! dit-elle, elle ne sait pas ! Bientôt ce sera fini ! — Non, mon enfant, murmura tout bas le jeune avocat, vous irez encore à la campagne; l'air pur vous guérira. ~ Oh! répondit-elle, pour moi plus de campagne.... Pauvre mère! elle ne sait pas.... » Celle-ci rouvrit les yeux. Le jour commençait à blanchir ; l'ami de Pierre partit, le cœur oppressé. Quelques heures plus tard, tourmenté par un doute cruel, il revint en courant pour prendre des nouvelles de la malade et les écrire à l'exilé. L'enfant venait d'expirer doucement et pieusement, comme elle avait coutume de s'endormir.
Une lettre était déjà partie pour Grenoble, faisant pressentir l'affligeante nouvelle. Pierre répondit surle-champ : « Mon bon frère, mon bon et fidèle ami, j'avais bien déjà deviné la triste vérité, et j'avais songé à avancer mon départ de quelques jours. Ta lettre a précipité ma résolution.... Encore une épreuve à supporter, mon cher ami, après bien d'autres qui sont venues depuis dix ans, après toutes celles de cette année ! Mais je ne murmure point ; je me soumets, j'adore les desseins de Dieu et je m'abandonne, en disant /?ai, à sa sainte volonté! Je tâcherai d'avoir du courage, c'est-à-dire d'être chrétien et de me souvenir, à l'heure du danger, des principes avec lesquels je veux vivre et mourir. Si ma pauvre petite mère était dans ces sentiments, sans être moins sensible à la perte de notre pauvre Thalie, sans refuser ses droits à la nature, elle trouverait bien plus facile-
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ment la consolation et la force de supporter ce nouveau coup ! Quel que soit, mon cher ami, le point où tu sois arrivé dans la foi, tu peux et tu dois le comprendre; fais que ma mère le comprenne aussij puisque c'est le meilleur moyen de la soulager un peu.
« Cher ami, dans ce malheur, il n'y a pas lieu d'accuser la Providence. Quelques répétitions me sont arrivées au moment où le besoin d'argent pour Paris se faisait sentir (tout ceci entre nous, tu sais combien ma mère garde sur ce point un délicat silence), et la santé m'a été rendue alors que les forces étaient de nouveau nécessaires. Assure bien ma pauvre petite mère que je ne lui manquerai point; je serai bientôt dans ses bras et rien ne me coûtera pour adoucir sa peine et l'aider, à se relever. En vérité, mon cher frère, il me semble que je serais égoïste si la mort de Thalie m'inspirait une trop vive douleur. Je parle comme si elle était morte, cher frère, car je ne m'abuse point! Elle est encore malade dans ta lettre, mais elle a dû cesser de l'être au moment où je t'écris. Avec son caractère, sa sensibilité, son organisation, notre pauvreté, elle n'aurait eu en ce monde qu'une vie traversée par toutes sortes d'infortunes comme notre pauvre petite mère ; ne vaut-il pas mieux que Dieu la prenne quand elle n'a pas encore perdu son innocence et sa foi , et qu'après l'avoir purifiée dans une maladie si cruelle des taches de la nature, il la mette au nombre de ses anges? La grâce que je demande à Dieu en ce moment, cher frère, c'est que ce dernier coup, dirigé par lui-même, force