CHAPITRE VI
les enfants profilent aux parents. Ces derniers acceptent plus volontiers un conseil ou un enseignement qui ne leur arrive pas directement, et si leur cœur a besoin d'être touché, il l'est davantage encore des soins donnés à leurs enfants que de ceux dont ils pourraient être l'objet. »
Pierre fut aussi jusqu'à la fin de sa vie Tun des plus ardents propagateurs de la Société de Saint-François-Xavier. Cette œuvre admirable, qui établit entre les ouvriers chrétiens des relations de fraternelle assistance, semblait alors plus redoutable à certains hommes d'État que la franc-maçonnerie et le carbonarisme. De là des paniques ridicules dont la coui* elle-même était le théâtre. A ce sujet, le P. de Ponlevoy a raconté dans la Vie du P. de Ravignan, une scène amusante*. « Le premier mai 1843, jour de la fête du roi, devant les princes et plusieurs ministres, réunis dans un salon des Tuileries, un important personnage révélait une nouvelle et horrible Irame : les souterrains de Saint-Sulpice étaient un dépôt d'armes, les jésuites y tenaient un club, et la veille encore le P. de Ravignan s'y était concerté avec ses affidés. » Heureusement un témoin plus fidèle se trouvait là : ^c J'étais hier à cette réunion, dit une dame de la cour; nous avions une loterie pour les pauvres de la Sainte-Famille. » Elle ajouta avec une naïveté malicieuse : « 11 y avait deux ou trois cents ménages bien heureux de gagner une ca-
fetière ou une marmite. « A ce trait il fallut bien rire de ce prétendu complot.
C'est à une solennité seml^lablc que Pierre Olivaint conviait Tun de ses amis par une lettre datée de cette année 1843.
ce Cher ami, je t'invite à une fête chrétienne. Nous avons ce soir, dans la chapelle basse de Saint-Sulpice, rue du Petit-Bourbon, une assemblée de nos bons ouvriers. Nous en compterons bien quatre ou cinq cents; plusieurs évoques seront là pour les encourager par leur présence. Je crois que ce spectacle te fera plaisir. Si je ne considérais que moi, je n'oserais pas t'inviter, car je dois faire une lecture ; mais quand on veut faire plaisir à un ami, il faut savoir mettre de côté toute fausse modestie, toute timidité, tout mesquin amour-propre. Viens donc, si cela t'est
possible.
« Tout à toi d'amitié in Cliristo. »
e Je reçois à l'instant ton petit billet qui me rend heureux. Oui, tu as raison, je suis sur la montagne. Tout à l'heure, dans l'Évangile de ce jour, je lisais les paroles de Saint-Pierre à Jésus sur la montagne du Thabor : Bonum est hic esse. Seigneur, faisons là une tente pour celui qui vous invoque et qui vous offre son cœur! Tu sais, mon cher ami, comme on juge facilement les choses quand on les voit du haut d'une montagne, comme la vue s'étend loin, comme elle saisit bien l'ensemble! C'est sur la montagne qu'il faut être pour admirer la nature et comprendre ses beautés.