CHAPITRE I
ces touchantes paroles : « Nous échangions nos moindres pensées, et j'ai la certitude qu'il ne me cachait jamais rien et n'eut jamais rien à me cacher. »
Si quelque chose peut expliquer comment Pierre échappa au commun naufrage, c'est, après la grâce de Dieu et le secours de Marie, l'indomptable énergie d'une volonté prématurément forte qui, dans cet enfant d'apparence chétive, se montrait déjà toute virile ; c'est ce sentiment d'honneur, ce respect de soi-même, héritage paternel ; c'est enfin la sollicitude jalouse dont sa mère l'enveloppa dès le berceau. Chrétienne à son insu, on la vit veiller sur la vertu de son enfant avec une si craintive tendresse, qu'à la moindre apparence suspecte, elle se précipitait avec effroi et indignation entre le mal et lui. Pierre répondait à cette sévère et tendre vigilance par un amour extrême qui, épuré plus tard et surnaturalisé par la grâce, vint se confondre avec sa dévotion filiale envers Marie. « 0 mère de résurrection, écrit-il dans le Journal de ses retraites *, en s'adressant à la Vierge Immaculée, ne vous écartez pas; je suis un de ces enfants dont le cœur a besoin pour gardien du cœur d'une mère. »
Ainsi la tendresse filiale, après plus de quarante années, conservait sa naïve fraîcheur dans ce cœur qui n'avait jamais perdu l'innocence. Tant il est vrai que la pureté et la charité sont sœurs !
Pierre chérissait sa mère plus que la vie. Un jour que le jeune écolier se promenait avec son meilleur ami sous les tilleuls d'une cour de récréation : « J'ai-