‹ Pierre OlivaintChapitre 83 sur 293 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Heux pécheurs à se réconcilier avec Dieu, et Dieu

aiônie était là qui nous aidait. »

.... « Oui, j'ai prié avec ardeur; j'ai prié pour que

/e rayon de la grâce divine qui a un jour illuminé mon entendement, descende aussi sur toi; j'ai prié pour que Dieu soutienne les bons désirs de ton cœur et qu'il te soit donné de répondre à sa douce inlluence, et en l'écrivant, je prie encore; je prie Dieu pour toi, et je dirais presque que je te prie pour Dieu; car Dieu ne peut s'emparer du cœur de l'homme, sans que l'homme y consente. Au fiât du Verbe éternel, les mondes dociles ont jailli du néant; mais l'homme peut résister à la parole créatrice : en faisant l'homme libre. Dieu l'a fait fort contre Dieu môme. ^^

Peu à peu, Pierre Olivaint s'enhardit jusqu'à demander à Xavier de prier lui-mcme et de le payer ainsi de retour. Il était alors à Grenoble et l'absence, loin d'attiédir son zèle, semblait en aviver l'ardeur. « N'es-tu pas heureux de penser, écrivait-il, qu'il y a, à cent cinquante lieues de toi, un frère chrétien qui supplie Dieu de répandre sur toi l'abondance de ses grâces et surtout de te faire rentrer dans le giron de notre Sainte Mère l'Église?... J'ai une belle tête de Christ dans ma chambre. J'aime à jeter les yeux sur elle avant de m'endormir, et souvent je la regarde en pensant à toi et à tous les êtres chéris, à tous les amis dévoués que je reverrai avec tant de bonheur. Prie aussi pour moi, cher ami, ta conversion est à moitié faite. Tu comprendras que je réclame le secours de tes prières et tu ne peux me les refuser.

Ï52 PIERRE OLIVAINT.

Soyons unis malgré la distance par cette communion spirituelle de pieuses pensées, par cet élan de nos âmes vers le Ciel où elles vont se rencontrer et se confondre. »

Mais Xavier, s'exagérant la difficulté d'élever, en priant, son cœur àDieu, trouvait une excuse spécieuse dans les studieuses préoccupations qui l'absorbaient. A quoi son ami se hâtait de répondre :

« Un demi-quart d'heure seulement ravi au trouble des afTaires pourrait te valoir devant Dieu de longues heures. Je t'en conjure, laisse Dieu faire en toi ce que tu semblés attendre de moi et ce que l'homme ne peut faire. Ne sois pas de ceux qui n'ont que de stériles désirs, qui conçoivent et qui n'enfantent jamais. Ne te contente pas d'une volonté vague et languissante pour le bien, pour la vertu, pour Dieu, pour le bonheur éternel. Prie beaucoup : la prière est si touchante et si douce ! Que la pensée de Dieu soit toujours présente à ton cœur ; mets une âme dans toutes tes actions; que toutes tes actions soient en quelque sorte des prières. »

Xavier, docile à ce conseil, s'agenouillait-il un instant, son esprit se révoltait bientôt. Il se relevait découragé, incertain, se disant qu'avant tout il devait étudier à fond la religion catholique, soumettre tous les dogmes, tous les préceptes de l'Évangile, tous les faits de l'histoire sacrée, à l'examen scientifique de sa raison. L'illusion était dangereuse : à cet ingrat labeur la plus longue vie ne suffirait pas. Pierre, avec beaucoup de fermeté et de ménagement, sut faire justice de cette présomptueuse prétention

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