CHAPITRE VII
a Sois long dans ton épreuve, dit-il à son ami. A l'exemple d'un homme dont on me parlait l'autre jour, fais table rase, en quelque sorte, dans ton esprit; chasse avec soin tous ces jugements préconçus dont tu n'as pu encore te rendre compte ; mets-toi à Tceuvre avec bonne foi ; analyse, critique, discute, interroge, arrête-toi longtemps avant de te laisser convaincre; et après vingt-neuf ans d'clTorts constants, comme cet homme très-distingué et très-célèbre de cette ville, auquel je fais allusion, après vingt-neuf ans d'une lutte acharnée contre la vérité, dans laquelle tu lui auras disputé le terrain pied à pied, cherchant, en quelque sorte, à lui démontrer qu'elle se ment à elle-même, après vingt-neuf ans de recherches, tu viendras enfin, conduit par ta conversion tardive, demander au prêtre de répandre sur toi les eaux salutaires de la pénitence, et t'agenouillant devant l'autel, tu lui diras de te donner ton Dieu. »
Puis, se reprenant, et pressant son ami avec cette vivacité et cette énergie qui donnaient à sa parole quelque chose d'irrésistible, il poursuit : « Mais as-tu le temps d'étudier vingt-neuf ans? Es-tu sûr de vivre vingt-neuf ans encore? Crois-tu que Dieu permettrai! à tous les hommes de combattre contre lui pendani vingt-neuf ans? A chaque instant la mort peut venir, il faut te presser.... Quel malheur te prépares-tu par tes délais, je ne dis pas seulement pour cette vie, mais encore pour la vie éternelle ! »
Ainsi, ce que Pierre Olivaint condamne avec raison, ce n'est point l'étude consciencieuse de la vérité, il
s'en faut bien! mais l'effort superflu d'un esprit opiniâtre qui cherche la lumière en face du, soleil.
« Si tu veux te rendre compte du dogme et de l'histoire, ajoute-t-il, je t'approuve avec empressement.... Il me semble, par ta lettre, que tu ne refuses pas de te rendre aux vérités fondamentales de la religion; tu as peut-être moins à faire maintenant que tu ne crois, pour obtenir leur confirmation scientifique. »
Et aussitôt il s'engage, avec son ami, dans ce champ d'investigations sagement limité. Il lui montre l'inanité des systèmes que l'homme oppose à l'immuable vérité; il lui prouve la divinité de la religion par les vains efforts tentés pour la détruire, par « l'attente inquiète de tant d'âmes que le doute oppresse et qui fixent les yeux vers l'avenir, comme si l'avenir n'était pas dans le passé, comme si le révélateur, le Ubéraleur n'avait pas déjà versé sa parole et son sang!
« Que demandent-ils donc tous ces hommes troublés au dedans d'eux-mêmes, sinon que Dieu leur parle, qu'il dise aussi son mot sur les choses de ce monde auxquelles il ne saurait être indifférent, qu'il dise un peu, lui aussi, ce qu'il pense, pour que sa pensée se place, comme un critérium infaillible, au-dessus de tous ces systèmes erronés, de ces élucubrations bizarres qui peuvent satisfaire un jour celui qui les a créées par le travail irrité de son cerveau, mais que l'humanité n'accepte pas. Quand on se met à considérer ce qu'ont produit, à toutes les époques, les efforts de la pensée humaine cherchant sans guide sa destinée et son but dans cette vallée de Té-