CHAPITRE Vil
garemeiît où Ton trébuche û chaque pas, cela rabat un peu l'orgueil humain, et Ton finit bien par convenir que la colonne lumineuse qui doit nous éclairer sur la route, ne peut venir de l'homme.
« Quand je n'aurais d'autre preuve delà révélation divine que cette attente malheureuse dans laquelle les hommes languissent, tandis que beaucoup désespèrent, rejetant la vie avec violence, ou s'enveloppant "dans leur manteau pour pleurer ; quand je n'aurais de la révélation d'autre preuve que ce besoin de l'enseignement divin qui tourmente les hommes de mon temps, je croirais que Dieu a parlé. L'homme a un besoin impérieux que Dieu Féclaire : cela me suffit. Dieu a parlé ! Quel est l'insensé qui me dira qu'il ne l'a pas fait? La créature, avec un syllogisme audacieux, parviendrat-elle donc à limiter la puissance du Créateur? »
Outre ces réflexions générales sur la révélation divine, Pierre met toute une apologie du christianisme au service de son ami; et vraiment on s'étonne de trouver, sous la plume d'un jeune homme de vingt-trois ans, un véritable traité de la religion^ résumé très-exact, très-logique, et parfois éloquent, de ce que les théologiens ont écrit de meilleur sur ce grave sujet.
Nous ne saurions citer intégralement toutes les pages que nous avons sous les yeux; du moins nous voulons en donner ici quelques fragments, dans l'espérance que plus d'un lecteur sera touché de l'écho d'une voix si convaincue.
Au sentiment d'Olivaint, une des preuves les plus décisives de la divinité du christianisme, c'est l'inef-
fable amour que Notre-Seigneur Jésus-Christ témoigne aux hommes dans l'Évangile. Pierre cite à Xavier pour exemple le chapitre xv« de saint Jean, verset 10 : « Si vous gardez mes préceptes^ vous demeurerez dans mon amour, » etc. « Lis cet Évangile, mon cher ami, médite-le. Tant d'amour n'a pu s'échapper du cœur d'un homme. Comment ne seraient-ils pas vrais, ces préceptes d'amour confiés à ceux qui aiment et qui pour récompense recevront l'amour? Les persécutions sont annoncées; mais la fureur des hommes sera douce à ceux qui souffriront pour leur Bien-aimé. »
Il remarque surtout cet accord de la loi chrétienne avec la pratique active du bien et le bonheur. « La vérité en Dieu, dit-il, est inséparablement unie à la sainteté et à la béatitude. L'image du plus grand bonheur et de la plus grande sainteté ayant été retracée par le christianisme, se pourrait-il que la vérité ne fût pas là? Ce qui rend si belle la vie des Saints, c'est qu'on trouve en eux, admirablement unis, la doctrine la plus pure qui ait été prêchée aux hommes, la vertu la plus éclatante et un bonheur auquel on pourrait à peine croire. Ce qui rend si belle l'histoire de l'Église (je la lis en ce moment, mon cher ami, avec ravissement), c'est qu'on peut suivre à travers les temps cette auguste tradition de l'amour, dans lequel la connaissance de la foi, le dévouement et la joie se confondent. »
Puis, quittant le passé pour trouver dans le présent la confirmation de cette belle thèse : « 11 y a encore des chrétiens dans le monde, dit-il, et c'est encore dans le christianisme qu'est la vie. Les nouvelles doc-