‹ Pierre OlivaintChapitre 86 sur 293 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

triries ferment le ciel aux gériéralioiis, comme si ce n'était pas au ciel que tout progrès légitime doit s'achever. Elles suppriment l'espérance et la vertu, et elles prétendent nous donner le bonheur 1 »

Non, tous ces vains systèmes qui s'élèvent et s'évanouissent « comme le sable qui tournoie au bord des mers, » ne sauraient satisfaire l'esprit de l'homme; mais par leur fragilité même et leur inconséquence, ils rendent témoignage à la vérité. « Fatiguée de détruire, l'erreur veut bâtir à son tour; ne nous affligeons pas de ses efforts ; car, par un dessein secret de Dieu, elle sert elle-même notre cause. Pour avoir une base solide, elle dérobe quelques pierres de notre édifice et les taille à sa manière ; mais ceux qu'elle a séduits reconnaissent bientôt dans ses fondements le signe vainqueur de la croix. »

Ce qui, plus encore que la soif de la vérité, attire les âmes à Jésus-Christ, c'est le besoin de dévouement. « Chaque jour, s'écrie le jeune apologiste dans sa généreuse ardeur, chaque jour nous voyons venir à nous de nouveaux frères : les plus dévoués se réfugient dans la patrie des cœurs dévoués, ne pouvant croire plus longtemps à ces apôtres sans mission et sans Dieu, qui ne travaillent que pour la terre et qui nient la vertu. Au seizième siècle, Luther soulevait l'Allemagne : saint François Xavier, au nom de l'Église, répondait à ses attaques par le triomphe de l'amour; il renouvelait les merveilles des temps apostoliques, et des millions d'hommes se convertissaient à sa voix. De môme aujourd'hui encore l'Église est ardemment combattue, mais seule encore

elle peut être fière de ses œuvres et de ses fruits. Qui se dévoue dans le monde? Le sang chrétien ne cesse de couler pour le salut des âmes; la France fournit des martyrs au Tonquin; la Propagation de la foi porte aux contrées les plus éloignées l'obole que le plus pauvre consacre au service du Seigneur; les filles de saint Vincent de Paul, à Smyrne, étonnent l'Orient par l'humilité de leur tranquille courage; l'Arabe les salue comme des apparitions célestes. Le midi n'oubliera pas la charité de nos évêques pendant les inondations.... Je serais infini, si je te racontais ce que font à Paris des jeunes gens du monde; j'en connais quelques-uns qui, l'année dernière, ont empêché plus de cent cinquante suicides. Le christianisme seul est la vie, parce que la seulement se trouve la vertu, le bonheur et la doctrine qui les enfante. »

Le cœur de Pierre Olivaint, au spectacle de cette fécondité merveilleuse de l'Église, déborde de joie. « Nous touchons à une grande époque; la foi en Jésus- Christ projette au loin sa bienfaisante lumière sur les temps qui vont venir, et nos adversaires euxmêmes le reconnaissent. Dubois (de la Loire-Inférieure) disait, il n'y a pas longtemps, à un élève de l'École normale : ^< Mes sentiments sont bien connus (je te reproduis fidèlement le sens de ses paroles), j'ai toujours combattu le catholicisme; mais je ne puis me le dissimuler, il se prépare pour lui un siècle aussi beau et plus beau peut-être encore que le treizième. »

Elevé, comme Pierre et avec lui, dans une atmos-

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