CHAPITRE VII
Dieu. Lasérénité, la paix, un ineffable bonlieiir, rayonnaient sur sa bonne figure allemande et de douces larmes coulaient de ses yeux. «
Et tirant aussitôt de ce récit la conclusion pratique ;
« 0 mon ami, s'écrie Pierre, ô mon cher François Xavier! Cette histoire ne dit-elle rien à ton cœur? Gomment peut-il supporter plus longtemps le vide où il s'agite avec tant d'inquiétude? N'es -tu pas enfin convaincu que le monde ne te suffit pas ? Ton cœur n'est-ii donc pas plus grand que le monde ? Quand donc le soleil splendide de la vérité brillerat-il à tes regards? Quand donc connaîtras-tu ce tressaillement d'amour de Dieu que j'éprouve rien qu'en t'écrivant, rien qu'en essayant de te dire combien il est aimable, combien il est digne que nous l'aimions par-dessus toute chose? En finissant ma lettre je prie encore pour toi. Oui, je dépose ici une prière que j'adresse au bon Dieu pour mon ami, une prière que j'adresse à mon ami pour le bon Dieu. »
Ainsi, Pierre Olivaint, après avoir éclairé l'esprit, s'efforçait de toucher le cœur de Xavier, d'exciter sa générosité, de le prémunir aussi contre toute vaine crainte. Quels plus nobles motifs de conversion, que de revenir à Dieu par amour pour les hommes, par dévouement à sa famille, à son pays, par zèle à servir toutes les nobles causes! Olivaint sait, par sa propre expérience, qu'à vingt ans il est rare qu'on hésite en face du sacrifice réclamé au nom de tels intérêts. Voilà pourquoi il évoque continuellement, dans ses religieuses exhortations, l'image de la France, le souvenir des parents et des amis.
Xavier était avocat ; il aspirait à la vie politique*, Pierre, à l'exemple de saint Ignace, ne cesse de lui répéter ce mot que nous trouvons, en post-scripturriy au bas d'une lettre d'alîaires: « Xavier^ Xavier! une seule chose est nécessaire : unum est necessarium.... »
Mais, en même temps, donnant un but plus élevé aux légitimes ambitions de son ami : « N'est-ce pas, s'écrie t-il dans un élan d'enthousiasme, n'est-ce pas qu'un avocat chrétien, qu'un député chrétien peut être plus que tout autre un homme vraiment utile à son pays? N'est-ce pas que si nos députés étaient chrétiens et nos lois chrétiennes, la France serait plu s heureuse? N'est-ce pas que toutes les théories humaines, que toutes les utopies de nos jours seraient impuissantes à régénérer le monde, et que le catholicisme seul le peut? Tu es déjà assez chrétien pour me répondre Om, de toute la force de ton âme. En hâtant ta conversion déjà décidée dans ton cœur, associe donc tes efforts à ceux des hommes qui veulent se dévouer. 11 y a là des sentiments dans lesquels nous nous sommes rencontrés bien des fois. Dis-moi donc pourquoi je ne puis pas entendre les noms de France et d'Église; sans éprouver je ne sais quelle agitation extraordinaire qui me transporte comme un soldat prêt à monter à l'assaut. Est-ce une de ces illusions qui s'emparent quelquefois à dix-huit ans d'un jeune homme ? Toutes mes réflexions, toutes mes études en religion et en histoire me confirment trop dans ces pensées acceptées dans un jour que je bénis, pour que je croie me tromper en mettant là ma vie tout entière.
» Je ne fais pas allusion à un dessein que je nourris