‹ Pierre OlivaintChapitre 90 sur 293 · Act., XXVI · texte numérisé non relu

Act., XXVI

non, mon cher ami, dans ta position, tu n'as pas seulement la responsabilité de toi-même.

« Pourquoi nos amis restent-ils où ils en sont? Hélas! je n'ai pas l'intention de t'adresser un reproche : je veux t'éclairer, non t'affliger. Sans doute ce n'est pas loi qui les as éloignés de la foi ; mais c'est toi en grande partie, à ton insu même, qui les empêches de revenir. Ton exemple autorise en quelque sorte les petites résistances quïls trouvent en eux à la conversion que Dieu réclame; car tu es la solidité de notre petit cercle, il ne faut pas te le dissimuler. Tant que ta solidité (c'est ainsi que Louis XIV appelait Mme de Maintenon pour rendre hommage à la fermeté de sa raison), tant que ta solidité ne se remuera pas et ne décidera pas qu'on peut marcher sans être déraisonnable, nos pauvres amis resteront en arrière. »

Ce qui retenait Xavier, c'était moins encore le doute de l'esprit, que l'appréhension dont le cœur était saisi en face des obligations d'une vie pratiquement chrétienne : avec son habituelle franchise, il n'en faisait pas mystère à son ami, qui lui répondait :

« Ne permets pas que la crainte d'avoir des devoirs positifs et difficiles à remplir porte ion esprit à nier la vérité, quand tu n'as plus le courage de la faire. 11 y a là un sophisme dont un homme de cœur doit rougir.

« Le maigre te fait de la peine. Iras-tu pour un plat de lentilles sacrifier ton éternité?... Eh quoi! faire dépendre l'éternité d'un plat de lentilles, n'estce pas souverainement ridicule? — Le bon sens ne se

Page 1