CHAPITRE VII
révolle-t-il pas...?iMon ami, ne t'en déplaise, ce n'est pas le bon sens qui repousse l'observation du maigre ; mais il y a dans cette pratique un acte d'obéissance, un acte de pénitence, un acte public de foi, et la chair répugne à la pénitence; l'orgueil se soulève contre l'obéissance dans les petites choses comme dans les grandes; le respect humain, cette lâcheté de cœur, aime mieux cacher les convictions que de les faire paraître. Conviens-en, mon cher ami, l'orgueil, la chair, le respect humain, voilà les vrais ennemis de cette pratique du maigre, et la tactique est assez habile de mettre le bon sens seul en avant. Si quelque chose à mes yeux justifie l'institution des jours maigres, c'est la répulsion qu'elle rencontre, c'est la guerre que l'on nous fait sur ce point. Eh bien, je suis enchanté quand on se moque de moi à cause de mon plat de lentilles! Dieu merci, j'espère ne rougir jamais de Jésus-Christ, mon divin maître^ et si la nature, trahissant en moi la foi et la grâce, faisait monter à mon front une honteuse rougeur, j'espère bien, en la méprisant, en m'humiliant au fond du cœur, passer outre bravement! »
Un peu plus tard, Pierre invitait de nouveau son ami à combattre de front le respect humain.
« Oh! acceptons la bienheureuse souffrance, la bienheureuse insulte qui nous vient des ennemis de Dieu ! Nous avons été créés à l'image de Dieu et le péché a altéré en nous les traits de la représentation divine. C'est en rendant notre vie conforme à celle du Christ que nous pourrons restaurer en nous l'impression du sceau divin. Aimons donc le mépris, la
raillerie. Soyons généreux avec Dieu : Il l'a été assez avec nous! Que nous importe le jugement des hommes, quand Dieu est en cause?
.... « Tu es ambitieux, mon cher ami, et moi aussi je suis ambitieux. Tu veux être grand avocat, et moi je veux devenir un saint. Tu te donnes bien de la peine pour acquérir cette gloire qui passe et qu'ont eue abondamment tant d'autres qui ont brillé avant toi et dont il n'est plus question, ou dont on ne parle que pour élever au-dessus d'eux les réputations nouvelles. La gloire où j'aspire, mon cher ami, est plus éclatante et plus durable, et je mets en lieu bien plus haut et plus sûr mon ardeur et mes espérances. Il faudra bien un jour en rabattre, et dire avec tristesse le fameux verset de l'Écriture : Ergo erravimus^! Et moi, qui veux entrer dans la voie douloureuse, qui prétends mépriser la richesse et les sens, qui ne demande à Dieu qu'une chose, de renoncer à tout pour le posséder seul, de tout souffrir pour lui prouver mon amour, de combattre sans relâche et jusqu'à la fin au dernier rang, s'il le veut, pour glorifier son saint nom, je sais déjà, par une douce expérience qui me dédommage bien au centuple de tous les sacrifices, je sais déjà que je ne me suis pas trompé, je jouis déjà de l'objet de mon ambition dans sa plénitude! «
Puis se comparant à cet ami dont la situation était déjà fort belle selon le monde :
« Ah ! mon ami, je le dis sans orgueil, je suis plus heureux que toi, plus avancé que toi. Oui, ma position
1 Nous nous sommes donc trompés.