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CHAPITRE Vil

selon le monde est bien irisle à côté de la tienne. Tu es déjà honoré, envié, fêté, exalté. Et moi, je suis relégué dans un coin, dédaigné, bafoué, quelquefois regardé avec pitié comme un de ces pauvres fous qu'on ne peut guérir ; je suis aplati^ en un mot. Eh bien, quand tu serais le premier avocat de France, le premier avocat du monde, je ne changerais pas avec toi ; car j'ai dans ma solitude, dans ma misère, un trésor qui supplée tous les trésors, un ravissement de l'intelligence et du cœur qui va bien loin au delà de ce que donne au philosophe l'incertitude de ses systèmes; je sens alors, moi aussi, une profonde pitié, mais charitable et qui se répand en prières, non en mépris, pour ceux qui n'ont pas su choisir la bonne part en acceptant le joug béni du Seigneur. Quand nous sommes ensemble sais-tu ce que j'éprouve? Ne te fâche pas, je ne le dis pas par orgueil. Je m'estime supérieur à toi, non pas certes par mon esprit, par ma science, par ma valeur personnelle; là-dessus je baisserai pavillon tant que tu voudras et devant qui tu voudras. Mais si je pose la main sur ton cœur, mon pauvre ami, je sens qu'il souffre, qu'il hésite, et le mien ne tremble pas. »

A cette parole si élevée, si convaincue, si chaleureuse et qu'anime souvent le souffle de la grande éloquence, Xavier s'était loyalement rendu et la démarche décisive, la confession, était résolue en principe. Il ne s'agissait plus que de trouver un confesseur. Lequel choisir? Tel passait pour austère, tel autre ne l'était pas assez. Le démon était habile à suggérer de futiles prétextes, et, par suite, à faire ajourner le saint devoir. Instruit par une récente ex-

périînce, Pierre abrégeait les délais en proposant luimême à Xavier le confesseur qu'il jugeait lui convenir. Il l'adressait au P. de Ravignan, « à cause de sa gravité et de son autorité. » Mais cela même arrêtait le nouveau converti. Olivaint lui parlait alors de M. Desgenettes dont il lui faisait ce vivant portrait : ce C'est ce qu'on appelle im bon homme^ et en même temps un homme éminemment saint. Il n'est pas nécessaire que tu le connaisses, que tu lui sois présenté. Vas-y familièrement, tu seras bien reçu. Il a des lumières abondantes, et Dieu, par l'intercession du Très-Saint Cœur de Marie, a répandu tant de grâces autour de lui et sur ceux qui l'approchent, que j'apprendrais avec bonheur que tu fusses allé le voir. »

Xavier, cependant, remettait de jour en jour la visite proposée. Et son ami de revenir à la charge.

« Pourquoi n'irais-tu pas voir quelqu'un des directeurs de Saint-Sulpice, M. Mollevaut*, M. Boyer, par exemple? Ce sont des prêtres d'une science profonde qui te donneraient la nourriture que tu réclames. Ou bien, je pourrais te mettre en relation avec

1. M. Mollcvautj prêtre de Saint-Sulpice, longtemps supérieur de la Solitude, directeur éclairé et prudent, fut le guide d'un grand nombre de jeunes gens du monde. C'est lui qui détermina la vocation religieuse du P. de Ravignan. L'auteur de sa viC; parlant de l'affection que ce saint prêtre avait pour les Ordres religieux, lui rend un témoignage que nous consignons avec reconnaissance et bonheur, « Les Pères .lésuiles lui étaient particulièrement cliers, et c'est par troupes qu'il envoyait les jeunes gens au noviciat de Montrouge. » — » Je puis dire, écrivait M. Mollevaut lui-même, que personne plus que moi ne chérit et ne vénère les Pères Jésuites; j'en ai donné et j'en donnerai toujours des preuves; personne plus que moi n'est Jésuite de cœur.t {Viede M. Mollevaut, p 258.)

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