‹ Pierre OlivaintChapitre 97 sur 293 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

conservée. Elle aimait surtout às'enlretenir de sa maison de Nazareth, fondée pour l'éducation des jeunes filles, auprès de la vieille église de Monlléan; là, reposaient les restes de sa chère enfant, Mme de Rastignac. Ou bien elle faisait l'éloge de M. Legris-Duval, ce véritable Mentor chrétien, du P. Roger, vieil ami de la famille et saint directeur de la duchesse, dont la mort récente (1839) avait laissé un si grand vide à Montmirail; et plus discrètement du vénérable P. Yarin, parce qu'il vivait encore. Pierre prenait d'autant plus de plaisir à l'entendre que tout ce que disait la sainte duchesse répondait mieux aux secrètes aspirarations de son cœur*.

Dans cet intérieur chrétien, le jeune précepteur ne fut pas sans rencontrer quelques épreuves. « C'était une peine sensible pour lui de quitter d'importantes études pour répéter à un enfant les rudiments de la grammaire.... Habitué à la discipline du collège, il essayait en vain d'y astreindre son jeune élève, qu'il écrasait un peu de sa supériorité.... Enfin, nous dit un très-perspicace témoin, ce qu'il dut souffrir est immense: il eut besoin pour le supporter d'être soutenu par son désir de la vie religieuse et par son amour filial ^ »

1. a L'antique manoir qui avait été honoré par le séjour prolongé de saint Vincent de Paul, l'était alors par un futur apôtre et martyr. M. Olivaintj précepteur de M. Georges, commençait avec une gravite modeste et un dévouement intelligent sa belle mission auprès de la jeunesse.... Un tel caractère avait bien vite conquis l'estime et l'admiration de la pieuse duchesse, et lui-même éprouvait en sa présence le respect que produit la sainteté. » ( Vie de Mme de Doudeauville, p. 309.)

2. Notes de Mme la duchesse Ue la Rochefoucauld-Liancourt, sur le P. Olivaint.

Mais Pierre Olivaint sut profiter des difficultés de sa position nouvelle pour avancer dans l'esprit de sacrifice et de dévouement. Il prit pour patron de ses vaillants efforts son prédécesseur saint Vincent de Paul. 4 son exemple, pour mieux sanctifier Tâme dont il devait compte à Dieu, il mit tous ses soins à se sanctifier lui-même. Chaque soir il descendait, par un escalier secret, du château au sanctuaire de l'église ; un saint prêtre \ devenu son intime ami, arrivait de son côté au pieux rendez-vous, et souvent Georges, voyant son précepteur disparaître, courait sur sa trace et venait s'agenouiller auprès de lui. « Leurs veilles devant le Dieu du tabernacle, inconnues du monde, donnaient aux anges le secret de leurs vertus, surtout de leur inépuisable charité. Chaque fois que je monte ou descends les degrés de cet escalier, nous écrit M. le doyen de MontmiraiP, mon cœur est ému à la pensée des Vincent de Paul, des Legris-Duval, des Olivamt, qui, si souvent, quittant la chambre où tous trois Habitèrent, descendirent et montèrent cette échelle mystérieuse, comme les anges de Jacob. »

Parfois Pierre et son pieux ami se concertaient pour faire ensemble Vadoration nocturne du saint Sacrement. On les surprit, un matin, agenouillés sur les dalles du chœur et prosternés le front contre terre.

La ferveur qu'Olivaint puisait à la source même, dans le cœur de Jésus-Christ, se communiquait à

1. M. ral)bé d'IIennezel, alors vicaire, plus tard curé deMontmirail.

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