CHAPITRE IX
t'embrasse de tout mon cœur en Jésus-Christ, l'ami des amis, le maître des maîtres. »
Plus approchait l'heure de la séparation, plus les parents et les amis de Pierre Olivaint lui témoignaient leur vive inquiétude. Jamais, en effet, les Jésuites n'avaient été plus violemment attaqués. Le célèbre procès d'Affnaer était l'objet des plus odieux commentaires, et cet habile escroc, convaincu d'avoir indignement volé ses bienfaiteurs, devenait le protégé des ennemis de la Compagnie de Jésus, leur allié et leur héros1. Olivaint suivit avec un vif intérêt les péripéties de cette affaire. A plusieurs reprises, par des billets que nous avons sous les yeux, il sollicita la faveur d'assister, avec Georges de la Rochefoucauld, aux débats qui allaient se dérouler devant la Cour d'assises2. Le voleur patronné par la presse révolu-
1. Jean-Baptiste Affnaer, Belge de naissance, condamné pour banqueroute frauduleuse dans son propre pays, vint à Paris chercher fortune. Sa famille était fort honorable; il dissimula ses nombreux méfaits, mit en avant le nom de parents dont il était la honte> et fut reçu par charité à la maison de la rue des Postes. Àbusantde la confiance du Procureur, il enleva l'argent destiné aux Missions et se sauva en Angleterre. Iîevenu à Paris au mois de juin 1844, il trouva jusqu'à des apologistes de son vol. Mais il n'en fut pas moins jugé, flétri et condamné les 8 et 9 avril 1845.
2. « Le procès d'Afihaer, celui qui a volé les Jésuites, arrive bientôt. Je m'adresse à toi pour que tu me procures le moyen d'y assister avec Georges. » — « Je regrette bien, cher ami, que tu ne sois plus rédac leur de la Gazette des tribunaux; car je sais que tu aimes la justice avant toute chose et tu n'aurais pas cherché à faire du scandale comme d'autres n'y manqueront pas. » — « L'affaire vient jeudi prochain, elle durera deux jours. Je me recommande à toi pour deui places et pour deux jours. » — « J'espérais te prendre au saut du lit; mais lu es encore plus leste que moi. J'étais au cours ce matin, pour
tionnaire, « au lieu de courber la tête sous le poidsi de la honte, la relevait avec assurance; au lieu de sel défendre, il attaquait ceux qu'il avait audacieusement dépouillés1. »
Cependant le jury fut équitable et la justice frappa le coupable ; « Affnaer resta sous le poids de sa honte, de sa fourberie et de son crime2. »
Les ennemis de la Compagnie de Jésus n'en continuèrent pas moins leurs iniques poursuites. Le3 magistrats s'étaient montrés justes ; les hommes politiques ne le furent pas. Cinq jours seulement après la condamnation d'Affnaer, M. Cousin reprenait, à la Chambre des Pairs, le même thème d'accusations banales que le criminel avait en vain fait valoir au Palais de justice.
Il avait la même excuse, c'était un moyen de défense. Des catholiques marseillais venaient, dans une pétition courageuse, de dénoncer au pays l'enseignement impie du Collège de France. M. Cousin, par une habile diversion, porta la guerre sur un autre terrain. « Je ne sais pas bien ce qui se passe au Collège de France, dit-il, mais ce qui frappe les yeux, c'est qu'à quelques pas a lieu une violation flagrante et permanente des lois existantes.... il est notoire qu'une fameuse Congrégation.... » Et après avoir demandé la proscription de ces religieux parmi lesquels était Xavier de Ravignan, l'orateur achevait sa période par
te prier de me faire entrer demain au procès Affnaer. Votre palais est un vrai dédale.... »