CHAPITRE XIII
res: je connais votre cœur, cher ami. Comprenez-le bien, il y a dans ce malheur une miséricorde de Dieu toute particulière pour vous-même. A votre âge on ne croit pas à la mort; on fait des projets pour les années de la jeunesse, projets d'ambition, déplaisirs, d'égarements quelquefois, comme si l'on était sûr de pouvoir tout réparer avant la rencontre inévitable de la mort. Quelle leçon ! Voilà donc la fin de tout! Il n'y a pas d'âge, il faut être prêt quand la mort est prête. Est-ce que je veux, mon enfant, vous affliger davantage en vous parlant ainsi? Non, non. Mais vous êtes capable de pensées élevées et sérieuses : Sursum corda! Profitez de ce coup pour vous porter vers Dieu avec encore plus d'ardeur, et prendre une résolution plus énergique encore de le bien servir, quelle que soit la carrière où vous deviez entrer un jour. Tenez, cher ami, votre petit frère promettait bien d'être plus tard un de ces hommes qui honorent leur foi par leurs œuvres ; eh bien, ne serait-il pas digne de vous de dire à Dieu que vous allez bravement travailler pour deux, et que vous tiendrez dès maintenant et plus tard les promesses de Léon en même temps que les vôtres ? Le 16 de ce mois, vous avez triomphé ensemble1; c'était entre vous une fraternelle rivalité de succès bien touchante. Léon vous a devancé maintenant. Il a reçu là-haut un prix plus beau que tous les autres. La grande chose, la seule nécessaire, la rivalité fraternelle pour vous, c'est de gagner à votre tour ce prix-là. »