‹ Pierre PugétChapitre 10 sur 232 · LES BAPTÊMES · texte numérisé non relu

LES BAPTÊMES

paru, la touche vierge du maître. Même au point (le vue de la composition et du dessin, on n'y découvre rien de caractéristique, si ce n'est les défauts communs à l'école de Pietro de Cortone, le galbe petit et ramassé des têtes, la proportion courte des personnages. Cependant quelques figures élégantes, telles que l'arîgequi descend du ciel, feraient presque reconnaître un contemporain de Poussin. Ce qui me frappe surtout dans ces deux tableaux, c'est la curiosité du costume, phénomène assez rare chez les artistes du temps. Dans le Baptême de Constantin, Puget a voulu être Romain, et il s'est servi, non sans succès, de ses récentes études d'après les antiques de Rome, témoin une figure de jeune vexillaire qui semble détachée de la colonne Trajane. Dans le Baptême de Clovis il a voulu être Français ; mais, hélas ! l'érudition d'alors 4ie remontait pas jusqu'aux temps mérovingiens. Le quinzième siècle pouvait passer aux yeux de Puget pour le dernier mot des antiquités françaises, et c'est pourquoi il a représenté Clovis vêtu d'une culotte de satin blanc et Clotilde coiffée d'un turban ta aigrette. Une autre particularité digne de remarque, c'est la position de la tête de saint Rémi : le peintre l'a montrée en raccourci, pour diminuer par la perspective la hauteur de la mitre, et laisser au visage toute sa valeur, expédient dont il se souviendra plus tard, quand il aura à sculpter la statue de saint Ambroise à Gênes.

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En lin mot, (-c serait, surfaire les deux BapthiiPi^ f|ne (l'y voir autre chose que l'œuvre laborieuse d'un (léhniaiit. Mais ce débutant toucbait à sa trenle et unième année, quand il livra à la confrérie du Corpm Domini, le 1" septembre 1653, les deux tableaux promis pour les fêles de Noël

Néanmoins, la confrérie ne s'en montra que plus rebelle au ])ayement. La dernière quittance est du 1"" juillet 1054. Mais l'année suivante, se sentant probablement mieux en fonds, et flattée du succès qu'obtenaient les deux Baptêmes, elle demanda à Puget un troisième tableau pour servir de retable à l'autel du Corpus Domini. Cette fois, elle consentait à payer la nouvelle œuvre deux cents livres, cinquante livres à la signature de l'acte, et le reste à la livraison. La peinture devait avoir dix pans et demi de haut sur sept pans et demi de large. C'est en exécution de ce prix-fait que Puget peignit le Salvator Mundi que l'on voit également au musée de Marseille, grande toile de 2"',40 sur l"',4o. Puget y a représenté le Sauveur du monde assis sur des nuées, autour desquelles nagent, dans la limpidité de l'air, de gracieuses figures d'anges. C'est le Christ au doux regard, au doux sourire; sa main droite s'incline vers la terre, sa main gauche montre le ciel. Quoique dégradé encore en certaines parties, car il a suivi la destinée des deux Baptcmes , le Salvator Mnnili garde mieux, en même temps que

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la pensée du miiîlre, rempreinle de son pinceau. La couleur en est riche, chaude et transparente, la louche large et souple, le modelé fièrement et grassement accusé. Il n'y a rien là de l'école française. C'est, avec quelques délicatesses de plus, la vis pictoria des peintres italiens de l'époque, enveloppée d'un charme tout méridional. Devant celte œuvre, on pense certainement au Guerchin, peut-être aux Carrache, un peu aux Vénitiens^ mais faute de pouvoir la rattacher directement à aucune école, on est bien forcé de reconnaître une œuvre personnelle.

Le Salvator Mundi ne fut achevé, livré et payé que le 30 décembre 1655. Entre cette date et celle du prix-fait des deux Baptêmes, il s'était écoulé trois ans. Peut-on croire que ces trois peintures remplirent absolument ces trois années, et que Pugct, dans l'intervalle, ne fit point d'autres tableaux?

La supposition me paraît inadmissible. En somme, les ouvrages de peinture placés sous le nom de Pugct par des actes authentiques ou d'autres documents, par les dires de ses historiens ou par la tradition, s'élèvent au nombre de cinquante-six. Il en subsiste dix-neuf. J'en ai vu treize. De plus, deux ont été gravés dans le recueil du cabinet d'Eguilles. Puget peintre s'affirme donc à mes yeux par quinze coni- })ositions peintes ou gravées, et c'est sur ces quinze œuvres que doit porternolrc examen. Or, si je les

r.O PIFJUIK l'UCKT.

compjirc ciilic elles, il m'est impossible de n'y pas aperc(uoir du |ii'eiiiiei' coup des différences considéraljlcs, qui les séparent oL les rcportenl à des époques de sa vie al)S()lumcnt dislincles.

L'exposition qui eut lieu à Marseille, en 1861, à l'occasion d'un concours régional, a mis ce fait hors de doute. On y voyait, groupées à côté l'une de l'autre, cinq toiles aussi dissemblables par le caractère que par l'exécution, le Sakator Mundi^ la Sainte Famille, V Annonciation, la Sainte Cécile et le Portrait de Pugel. V Annonciation accuse évidemment un élève de Pietro de Cortone. Le mouvement cherche la grâce et tombe dans la manière. En entendant le salut de l'ange, Marie s'est arrêtée au milieu d'une prière ou d'une lecture, et, bien qu'absorbée par un sentiment d'adoration profondément humble, ses mains seml»len( vouloir ressaisir le livre qu'elles ont laissé échapper; le ton y est presque mat, comme dans la fresque, le clairobscur à peu près nul, le coloris se résout en une harmonie blonde et rousse. Au contraire, la Sainte Famille oî(rc un ensemble de tons froid, et même un peu aigre, dont la dominante serait un bleu verdatre; les demi-teintes grises y abondent ; l'intensité des ombres s'amortit par la finesse du clairobscur. Ajoutez l'individualité des types, un dessin plus svelte, un air de distinction caractéristique, vous songerez, malgré vous, non plus aux Bolonais

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