A MARSEILLE
i\ l'état de projet, puisque la cuve reposait sur un simple piédestal. L'ouvrage terminé — et c'était, au dire de l'historien de la Major *, un monument d'une forme assez gracieuse — Gaspard Puget le signa dans l'inscription suivante :
ANO MDCLII. INOCENTIO X SU MO
PONT. REG. LVDO. XIV. STEPII. DE PVGET
EPIS. SEDÊ. FACTVM. G. P. AVTHOP.E.
S'il s'en tint aux initiales G. P., ce fut évidemment par ordre, et pour éviter toute confusion entre le nom de l'évêque et celui de l'artisan. La tradition n'avait donc pas tout à fait tort, n'en déplaise à C. Bousquet, quand elle attribuait. à Puget les fonts baptismaux de la Major ; seulement elle donnait à Pierre ce qui appartenait à Gaspard.
Quoi qu'il en soit, les prieurs de la confrérie, mis en goût par ce début, voulurent compléter la décoration de leur chapelle. Ce qu'on avait épargné sur la sculpture, on le dépenserait en tableaux. C'est alors qu'apparaît Pierre Puget. Sans doute, son frère Gaspard l'avait appelé à son secours, ainsi que nous l'avons vu fjiire, lorsque la ville de Toulon le chargea de sculpter ses fontaines. Présenté par lui aux prieurs de la confrérie du Saint-Sacrement, ou, comme ils le disent eux-mêmes, de « la luminaire du Corpus Domini., » le cadcU des Puget sut gagner
* Jm Major, pnr ('.nsimir Boiisqiicl. Marsrillo, ISàT.
2f. l'ii-nr.r. l'iuiKT.
leurs boiiiics gnu es, cl, li; 10 oclujjnî 1052, ils [>assaionl prix-fait avoclui. Par cet acte, conservé dans lesmiimlcs dcM' Millre, notaire, Pierre Fuj^el, qualifié c( jx'inlrc (le cesfe ville de Marseille, »
Promet de luire cl parfaire bien et deuliemanl deux tableaux avec SCS orncinens nécessaires quy represanteront, l'un le ba})tesnie du (irand Constantin Kmpercur, et Tautrc le baptesme de Clovis Uov de Franse, pour iceux poser aux deux jdaces vuides quy sont aux deux costoz des fons baptismaux, lesquels le S' Pugct promest avoir faicts et parachevés bien et deubemant entre issy et aux festes de Noël ])riicliain, et c'est moyenant le prix et somme de cent quarante livres que lesdits prieurs promestcnl luy payer dans un an prochain sans réduit, soubs cette condition toutteffois qu'il soit permis auxdits S" prieurs de pouvoir reffuzer lesd tableaux en cas qu'ils ne soient tels qu'ils doibvent estre, ce que faisant ils seront deschargés de ladite somme de cent quarante bvres...
Les conditions onéreuses acceptées par Puget prouvent bien quel petit personnage c'était alors, et en quelle méfiance on tenait son talent. Cent quarante livres deux tableaux de pi^ès de deux mètres de haut sur presque un mètre de lai^ge ! le payement reculé à une année, et le droit de refus laissé à des hommes ignorants ! Puget toutefois accepta le marché, tant il avait à cœur de se faire connaître dans sa ville natale. Il se mit à l'œuvre, et, à voir les tableaux, on comprend qu'il n'y épargna pas la peine. Le Baptême de Constantin et le Baptême de Clovis^ aujourd'hui placés au musée de Marseille, ont traversé bien des aventures dont le récit viendra en son lieu. Il ne faudrait pas y chercher ce qui a dis-