‹ Pierre PugétChapitre 13 sur 232 · CARACTÈRE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

CARACTÈRE RELIGIEUX

rite, une autre enfin « de Nostre-Seigneur Jésus. » Autant d'œuvres d'une authenticité incontestaLle, puisqu'elles sont attestées par un document en quelque sorte auto-biographique. Quant aux tableaux que les catalogues de ventes ou les on-dit des historiens attribuent à Puget, et qui ont disparu, on les trouvera enregistrés au catalogue. Je me contenterai de signaler. dans le nombre une importante Sainte Famille, vendue en 1819 avec le cabinet de l'architecte Du fou rn y : le catalogue nous apprend qu'elle avait été attribuée à Nicolas Poussin.

Sans chercher à établir un parallèle artificiel entre deux hommes aussi dissemblables que Poussin et Puget, il est permis de se demander quelle place occuperait ce dernier parmi les artistes de l'école française, si l'inconscience de son vrai génie l'avait réduit à rester peintre. Les descriptions que j'ai données de ses tableaux montrent comment il entendait la composition, et, sur ce point, Mariette ne lui marchande pas l'éloge. Ce qu'il faut remarquer, c'est le caractère presque exclusivement religieux de ces compositions. A part les Parquen, la Bacchanale et VÉducation iVÀchilU\ Puget n'a

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poini (jik; dos laldcaiix d'égliso. Etail-ce néccssiU' ? éliiiUv j)n''r(h'cnce? Si loiiles les pciiilures de Piigel avaieiil élr exécutées par suilo d'une commande, en vue d'une destination (ixc, connue V Annonciation et la VisitalioJi d'Aix, les deux Baptême et le Salvator Mundi de la Major de Marseille, et la Vocation de saint Mathien de Cliàlcnu-Gomberl , on pourrait croire que le goût personnel du peintre resta indifférent au choix des sujets. Mais les tableaux passés directement de ses mains dans les galeries des amateurs, et ceux qu'il conserva chez lui sans songer à les vendre, empruntent également leurs sujets à l'histoire sacrée. Sauf les trois que nous avons cités, ce sont des Sainte Famille^ des Madones^ des Fuite en Egypte^ des Sainte Cécile^ des David, des Jacob, des Saint Jean-Baptiste, des Nativité. IN'y a-t-il pas là une préférence évidente? On s'en convaincra mieux encore en étudiant le sentiment dont ces œuvres portent l'empreinte. Pas plus que le sujet, il n'est de commande. Dans V Annonciation, dans le Salvator Mundi, dans le Sommeil de Jésns, une expression de foi humble et simple, une douce charité, une grâce toute chrétienne, animent les visages et dictent les mouvements. On voit que le sentiment religieux sort directement de l'àme du peintre pour vivifier son o'uvre. Si le mérite d'un acte de foi paraît mince aux yeux de quelques-uns, notre époque, qui de-

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mando avant tout aux artistes d'être sincères, devra tout au moins tenir compte à Puget de la franchise avec laquelle il exprimait ses convictions.

Après le caractère sculptural de l'exécution et le caractère chrétien du sentiment, il ne faut })as chercher chez Puget peintre d'autres éléments d'originalité. Pour le choix général des formes, le goût des draperies et la disposition des lignes, il est do son temps : il procède de la grande école des Carrnche. Mais, à la différence de la plupart de ses contemporains, il aime la nature, il sait la voir, et, lorsqu'il se trouve en communication directe avec elle, dans les têtes, dans les mains, dans les nudités enfantines, il sait en conserver l'accent. Ses Vierges, sa Sainte Cécile, ont plus de physionomie que de heauté convenue. Les mains du Salvator Mnndi sont des portraits. Les petits anges du même tahleau, le bambino des, Sainte Famille, témoignent d'une étude indépendante qui parfois accuse l'individualisme jusqu'à l'incorrection. On sent que ces petits corps gras et souples ont été caressés avant d'être peints. Puget connut de honne heure le sensualisme paternel. Il s'élnil marié à Toulon en 1 650, et, dès l'année suivante, la naissance de son fils François jetait dans ses bras un modèle appétissant.

Ce qui distingue Puget peintre, aussi bien (pic Puget sculpteur, c'est la vie. Sculpteur, il (Idiiiic 1,1 vieilli mnrlirc |);ir la saillie de^ muscle'^ el Top-

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position (les lignes. IV'inlic, il Jinimc la toile par l'opposition des lumières et des ombres. Son modelé vient en avant. Sa peinture est une peinture de haut relief. Dans les lumières, son eoloris cherche la vivacité; dans les ombres, la chaleur. De là, un certain éclat et une harmonie généralement puissante. Mais des notes parfois un peu aigres, c'est-àdire des tons trop directement reproduits d'après la réalité, et mal fondus, viennent déranger l'équilibre. En somme, les œuvres peintes de Puget présentent des inégalités et des défauts de plus d'une sorte. Il serait puéril de vouloir faire de lui un grand peintre. Il n'eut pas le temps de le devenir. Mais, dans cette forme de l'art aussi bien que dans les autres, son génie se donna carrière. Si l'on voulait ne tenir compte que de ses tableaux, et le juger uniquement à ce point de vue, il faudrait lui réserver une place d'honneur parmi les meilleurs coloristes de l'école française, et puisqu'il vécut au dixseptième siècle, c'est à côté de son contemporain Valentin que je voudrais le placer. Seulement, le premier a su conserver le rayon de soleil méridional que l'autre a laissé perdre. Puget est à Valentin ce qu'est au verjus de la Brie le raisin doré île la Provence.

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