DEUXIÈME PARTIE PCGET SCULPTEUR
Nous connaissons Puget peintre : allons mainlenant à la découverte de Puget sculpteur.
Il faut, pour cela, rétrograder de quelqiiesannées. Dans une vie aussi pleine, et semée de tant d'incidents, on ne peut quitter son héros d'un pas, sans laisser accumuler derrière soi un arriéré considérable. Reportons-nous donc au moment où Puget vient d'achever le Salvator Mundi. La quittance de livraison et de payement est du 50 décembre 1655. A peine (juitte envers les prieurs de Marseille, l'artiste se retourne vers les prieurs de Toulou, e(, comme le maître Jacques de Molière, déposant la palette pour s'armer du ciseau, de peintre qu'il
ai] l'IKlSUE l'UGET.
('I.iil ciicoro à celle dale, le voilà, viugl jours après, (levcim sciil|il('ii!'.
Qiw, se passail-il à Touioii? 11 s'y [)assail des choses graves. La comniuiiaulé, mal logée dans les maisons raccordées au jour le jour qui composaieiil riiôlel de ville, voulul Iransformcr ce logis d'aventure eu uu (klifice d'aspect monumental. Le 16 février 1655, elle s'adressait à uu lailleurdc pieiic, . Jacques Ricliaud, poui- h; dessin d'une })orle d'entrée, surmontée d'un balcon. Le 29 avril, elle conliait à Nicolas Levray l'exécution du portail. Les consuls oubliaient donc qu'ils avaient à leur porte un artiste à lout l'aire, nommé Pierre Pugel? Celuici accourl, il trace un dessin, il le monlre, cl supplante à la fois Levray et Ricliaud. Le 19 janvier, on lui confie tout le travail enlevé aux deux autres. Pugct cependant garda Richaud en sous-ordre. Quant h Levray, pour le dédommager, on lui commanda une cinquième fonlaine.
L'acte de prix-fait nous dira ce (jue l'on allcjulail du nouveau venu.
L'an mil six cent cinquante-six et le dix-neufvicme jour du nioys de janvier après midy, soubz le règne heureux de très chrestien prince Louis XIV, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, comte (le Provence, et par devant nioy notayre royal de ceste vdlc de Tolon soubsigné, ostaljlys en leurs personnes messieurs Charles Gavot et Pierre Garnier, escuyers, consulz, lieutenanlz pour le Roy au gouvernement de ladite ville, seigneurs de la Valdandeyne, lesquclz pour et au nom de la comunauté dudit Tolon, promettant fere ratiffier ces presantcs à leur conseil à la première asambléc
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iriccltiy à |)Oviio de tous (lespaus doiuagc et inlhorclz, ont bailhé à prix fait à Pierre Pugct, maistre esculteur liabitant en la niesme ville', presaiit, acceptant et stipulant, prometant de faire bien et deueinent, et pozer à l'hôtel de ville en sa fasse du cousté de mid\ un portique, lequel sera tailhé et pozé tout ainsy qu'il est déinonstré par le dessain que ledict Puget a fait et remis ez mains de raoidit notaire, signé par lesditz s''consulz,ledit Puget et sa caution, pour y avoir recours ; — suyvant et conformeinant auquel dessain ledict Puget sera tenu observer audit portique toutes les mezures et proportions soit pour l'architecture, figures et autres ornemantz que y sont représantés, et lequel portique sera fait de pierre de callissanne de la plus belle fors et excepté les amijassemantz quy seront faits de pierre de ceste ville, et les bouUes de la deffinition du piédestal du balquoii quy seront de pierre gasprée qu'on tire de la peinere de la S" Baulnie ; — pour la perfection duquel portique de la fasson contenue audit dessain ledit Puget fournyra son travailh et toute la pierre, lesdicts s'* consulz prometans de ferc fournir par ladite communauté tous les matheriaux nécessaires mesmes les maçons quy arresteront ladite tailhc ou pour faire es^ tayer la fassade de ladite maison et autres manœuvres quy seront necessau'es. Et promet ledit Puget avoir fait et parachevé ledit portique ainsy qu'il l'a représanté à sondit dessain, à la chaige que toute la tailhe portera tout le corps et espesseur de la muraille et mesnie la riere voussure en bas, au jour et feste de saint Jean Baptiste prochain, moyennant la somme de mil cinq cens livres, laquelle somme lesd. s" Consulz promettent faire payer audit Puget, sçavoir six cens livres par tout demain, et le restant a proportion de la bezogne, à la réserve de troys cens livres quy luy seront payées lorsque ledit portique sera fait, parachevé et accepté... »
Ce qui donne à cet acte une sérieuse importance, c'est qu'il est l'embryon d'où sortit le premier grand ouvrage de sculpture de Pierre Puget. En effet, le balcon du portique de l'hôtel de ville de Toulon re-
' des mois n'implii|Ufnl nullciiieiit le séjour hid)iiucl de Pugct à Toulon. Ils é<juivaleiit à l'expression aujourd'hui consacrée : « faisaiil éloclion de domicile en celle ville. »
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pose sur les deux Cariatides juslemcnt célèbres. Bien que l'aelc parle de figures et d'ornemcnl^, j)Cul-on suj)j)Oser que Puget se fùl eoiilenlé du [)rix modique de 1,500 livres, si dès lors il avait pensé à sculpter ces giganlesqiies slalues? La dernière ordonnance de payement ajouta au prix stipulé une somme de 200 autres livres, pour supplémenl de travail. C'est que Puget, en passant l'acle , ne prévoyait pas où le mènerait son génie. Mais, dès qu'il eut touché à cette pierre de calissanne, douce et fine comme le marbre, la fièvre lui monta au cerveau, et lui, qui n'avait jusqu'alors taillé que des ornements de bois et une ou deux figures de fontaines, lui qui venait de passer cinq années à peindre, il se sentit tout à coup plus sculpteur que jamais, et, vaille que vaille, il se jeta sur la pierre à corps perdu .
Plus d'une fois, sur le quai où s'élevait le nouvel édifice, Puget, en surveillant ses ouvriers, avait assisté au débarquement des céréales qui s'opérait et qui s'opère encore en cet endroit. 11 avait vu les portefaix à demi nus, tels qu'on les voit encore aujourd'hui, aller chercher à bord des navires les charges de blé, descendre, courbés en deux, la planche qui relie le navire au rivage, et, par un puissant mouvement d'épaules, vider le sac aux pieds des vanneurs. Plus d'une fois, ce spectacle le fit songer. L'artiste y découvrait la beauté de la