SAINT SÉBASTIEN
comme existant de son temps (1847), bien qu'il avoue ne pas l'avoir vu. Pour moi, je l'ai cherché en pure perte. Aucun religieux n'a pu m'en donner des nouvelles. La façade de l'Annunziata, construite seulement en 1840, prouve que l'archilecte n'a pas connu le modèle de Puget, ou que, s'il l'a connu, il s'est gardé d'en tenir compte.
On le voit, ce n'étaient pas des protecteurs vulgaires, ces nobles génois qui se faisaient les patrons du génie de Puget. A défaut de Fouquet, l'artiste expatrié retrouvait en eux le goût des choses exquises, l'habitude des magnificences et cette libéralité native qui ne sait pas marchander les productions de l'art. Quelles conditions mieux assorties pouvait rencontrer un génie superbe, prodigue de lui-même et amoureux des dernières finesses du beau! Aux faveurs dont il était l'objet, il répondit noblement. On lui laissait carte blanche. Il produisit'des chefs-d'œuvre. Le Saint Sébastien, de Carigrian, en est un ; la Conception, de l'Albergo, en est un autre.
Lié par les poignets à un arbre fourchu, le saint expirant s'affaisse sur lui-même ; les jambes fléchis-
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sent, tandis que les l)ras se lendcnl sous le poids du corps, et ce corps, brillant de jeunesse et de beauté virile, tombe comme une; masse inerte dt^à envahie par la mort. Ge|)endant un suprême effort •ionlle encore la poitrine. La tète renversée en arrière jette au ciel un dernier regard, ce regard des martyrs chargé d'amour et d'espérance. Une longue draperie enveloppe le tronc de l'arbre et soutient les lignes du corps, en supprimant des vides qui eussent choqué l'œil. A gauche, de façon à balancer le groupe, sont les armes du héros, trophée de sa gloire terrestre , un casque richement décoré, une de ces cuirasses romaines que l'on prendrait pour le torse d'une statue mutilée, le l)ouclier, l'épée et la lance, et sur ces armes la main du sculpteur s'est complu à broder les plus fuies ciselures.
Dans le Saint Sébastien, comme déjà dans les Cariatides, comme plus tard dans le Milon, se révèle rinspiration la plus haute à laquelle ait obéi Pierre Puget. Ces trois œuvres, liUes d'une pensée commune, on peut les nommer les trois chants du poëme que son génie chantait au dedans de lui. Mais quel est ce poëme? Est-celui de la beauté physique? Non; quand Puget s'élève au niveau de luimême, il atteint la beauté morale : à travers l'enveloppe du corps, il voit l'àme, et il la voit captive dans un moule fragile, victime douloureuse, malgré