‹ Pierre PugétChapitre 23 sur 232 · AITEL DE SAINT-CYR · texte numérisé non relu

AITEL DE SAINT-CYR

quatre ouvertures, et elles restent ainsi exposées à la vue et à la vénération de tous les fidèles. Par cet ouvrage, qui lui a coûté bien de l'argent, non moins de peine et de travail, et beaucoup de temps aussi, puisqu'il a fallu près de huit ans pour l'achever, le père don Alexandre a couronné toutes les dépenses faites par lui pour le bien de notre maison et l'honneur de notre église, ce qui lui vaudra, do notre part, une éternelle reconnaissance, et de nos saints évèques, dont il a ranimé la dévotion, une protection constante dans tous ses besoins spirituels. » — Telle est la déclaration faite en chapitre, que l'ai voulu transcrire mot à mot, afin qu'on n'en perde jamais le souvenir. L'artiste auquel on doit l'autel est M. Puget, Français. {Uarti'fice deW altare fit Monm Pogget, francese.) l'iusieurs ont cherché à le co[iier, mais nul n'y a réussi, parce que c'est un ouvrage fait pour l'endroit où il se trouve {perqiiesto nicchio, pour cette coquille). La translation des susdites reliques se iit avec toute la solennité possible le 7 juillet, jour de la fête de Saint-Cyr, et la solennité dura neuf jours, l'église magnifiquement ornée, musique choisie matin et soir, et procession solennelle oi'i l'on porta les quatre châsses ou tombeaux contenant les saintes reliques, accompagnées de quantité d'enl'ants nobles le cierge à la main, nos pères marchant deux à deux en habits de fête, et monseigneur Pinello, évêque d'Abenga, officiant //; cappa vxigiui.

Dans cet ouvrage décoratif, conçu selon le goût du temps, sans qu'un goût personnel y ait marqué son empreinte, la part du statuaire se réduit, outre le crucifix, à des figures d'anges et de chérubins. Contre la croix est suspendu un ange qui vole. Deux anges adolescents, porteurs de cornes d'abondance, semblent descendre de chaque côté de l'autel. Sur la base où repose le tombeau, deux anges enfants en bronze doré, l'un accroupi, l'autre couché, ayant près d'eux les atliMbulsépiscopaux, (iennenl des branches de laurier dont rt'cartement eucadre une de ces ouvertures grillées pratiquées pour

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laisser voir los roliquos, ol, au-dossus de l'ouverlure, deux cliérubins confondenl leurs telcs ailées dans une sorte de cartouche clianlourné. L'ensemble a de la grandeur et surtout de la magnilicence. Mais c'est toujours la même composition de lignes incohérentes, sans rigueur ni soutien, que la langue italienne caractérise d'un mot : cascante, comme si l'on disait : une cascade de lignes. L'aspect monumental se trouve complètement sacrifié au luxe décoratif. Cependant Puget reste toujours lui-même dans le modelé des nus, dans la science des attaches, dans l'art de faire courir les muscles sur les os, et de produire ainsi, avec la souplesse de la chair, l'illusion de la vie. Ajoutez-y celte expression de tendresse compatissante qu'il sait donner à ses petits anges, émus des souffrances humaines. Mais, les luisants de la dorure exagèrent ici la morhidesse (lu modelé et de l'expression, et l'on peut croire à première vue qu'il n'y a ni corps ni ame sous les peaux boursouflées des deux enfants placés au pied du tombeau. L'autel de Saint-Cyr n'en est pas moins une des œuvres capitales de Puget, la plus importante assurément qu'il ait fondue en bronze. Elle prouve que le métal lui obéissait comme le marbre, ou plutôt l'un et l'autre se pétrissaient sous ses doigts avec la même docilité que l'argile de son sol natal.

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Ainsi tout venait à Pugef, les patriciens et les religieux. Il n'avait qu'à se laisser faire et qu'à tenir ouverte la porte de son atelier, situé piazza dello Scaho, à quelques pas du port. Les nobles de Gènes lui formaient une cour, et les artistes du pays, humiliés de celte rapide fortune d'un étranger, n'avaient plus à glaner après lui que des travaux secondaires. Puget vivait là en famille, avec ses deux élèves, devenus ses aides principaux, le Provençal Christophe Veirier et le Génois Daniel Solaro; il voyait grandir son fils François, déjà il pouvait le confier aux soins de Benedetto Castiglione, une des gloires de la peinture génoise. Lui-même n'avait pas, je pense, abandonné l'art de sa jeunesse, et il donnait à la peinture les moments perdus de sa maturité. C'est alors peut-être qu'il jeta sur la toile ces projets de tableaux, ces esquisses dont son inventaire nous a conservé la liste. Le bien-être avait amené le goût des belles choses. Non-seulement Puget se meublait de chaises et de tables à la génoise, qu'il emporta plus tard à Marseille, mais surtout il Se meublait de tableaux. Il avait réuni autour de lui les portraits de ses protecteurs ou des membres les

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j)liis illiisliTs (lo leurs familles : les L(»mellini, les IJrignolo, leslniin'a, les Spinoln, soil qu'il enl pris plaisir à copier do sa main les célèbres originaux de van Dyk, soil qu'il dût ces co])ies à la générosilé de ses patrons ou qu'il y employai des peinlres de passage. L'invenlaire nomme un « Joannis Iioze » (Jean Ros ou Roose, d'Anveis) el un c< Lansclol » lous deux Flamands. De plus, il recherchait les œuvres de ses contemporains, leCigoli, Mario de Fiori, le Bernin, ou des artistes de Gènes le plus en réputation, leCangiage (LucaCambiaso), le Gastiglione. Son enthousiasme pour l'école génoise allait si loin, qu'on le voyait, à ce que raconte le Ratti, resler longtemps en contemplation devant les fresques de Valerio Castelli ; et, comme on s'en étonnait : c( Vraiment, répondit-il, c'est un peintre dont il faut tout louer, jusqu'à ses imperfections. » L'homme qui parlait ainsi mérite bien qu'on lui garde un peu de l'indulgence qu'il réclamait pour les autres. Enfin, et ce dernier trait achève de peindre la haute position à laquelle Puget était parvenu, il eut l'honneur d'être nommé prieur de la chapelle que les Français résidant à Gênes (la nation française, comme on dit en Italie) entretenaient à PAnnunziata sous le titre de Saint-Louis. « Il en donna le dessin, qui est très-magnitîque, dit Bougerel, et en fit de plus faire la moitié à ses frais et dépens. » Ce qui justifierait cette assertion, c'est que les fres-

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