TKOISIÈME PARTIE PUGET DÉCORATEUR DE VAISSEAUX
Le irtoui'de l*ugeL en Provence marque dans son histoire le début d'une période nouvelle, abondamment remplie. De 1668 à 1672, Puget vit en partie double, un pied à Toulon, l'autre à Marseille, quand il n'en a pas un troisième à Gènes ou à Aix. Les affaires qui l'appellent d'une ville à l'autre, les travaux qu'il y exécute ou qu'il y dirige, s'entre-croisent et s'enchevêtrent de façon à former un pêle-mêle de dates et de faits presque inextricable. Bougerel et Emeric David y ont perdu leur peine. Faute de documents précis, ils sont tombés dans de graves erreurs. Pour débrouiller un écheveau aussi confus, le plus sûr est de le dédoubler. Au lieu de louvoyer sans cesse entre Mai'seille et
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Toulon, prenons Icrre à l'jirscnal de Totiluii , el voyons ce qu'était ce théâtre où Puget allait jouer un rôle si important.
Sans les documents ({iii allcslenl l'éclal de la décoration navale dans les siècles passés, il serait impossildede croire même à rcxislence d'un tel arl. Aujourd'hui, quand nous voyons en mer une escadre de guerre, avec ses masses uniformément noires, rayées d'une hande blanche, et décorées de canons pour tout ornement, ce spectacle ne produit sur notre âme qu'une impression lugubre. Une seule idée s'en dégage, l'idée de la mort, et cette idée semble tellement en harmonie avec la destination des vaisseaux, que nous n'en cherchons point d'autre. Dès lors, la livrée de deuil dont ils sont revêtus nous paraît leur vêtement naturel. Personne n'imagine qu'un vaisseau de guerre ait pu être peint de couleurs gaies, qu'il ait porté des statues, des basreliefs, des guirlandes de fleurs, toute une décoration resplendissante d'or, d'azur et de poupre. Et si l'on s'avisait de demander pourquoi le sculpteur n'est plus appelé à vivifier sous son ciseau les bois géométriquement équarris, pourquoi le peintre ne vient plus égayer de riants tableaux ces chambres où le marin doit passer de longs mois d'exil, à ces étranges questions, les gens de mer hausseraient les épaules. Le génie maritime nous imposerait silence, revendiquant une spécialité qui n'appar-