‹ Pierre PugétChapitre 26 sur 232 · LA DÉCORATION NAVALE · texte numérisé non relu

LA DÉCORATION NAVALE

tient qu'à lui. Tous nous renverraient au Merrimac et au Monitor^ le dernier mot de l'art naval du dixneuvième siècle.

11 y a deux cents ans, le génie maritime n'existait pas. Mais l'art de la décoration navale existait. Une escadre n'avait pas l'aspect d'un convoi funèbre. Elle éveillait d'autres idées que l'idée de la mort. C'était la majesté royale s'affirmant sur la mer, c'était la gloire des découvertes, c'était le triomphe d'une nation civilisée, c'était la fête de la richesse et de la puissance. Dans nos arsenaux, des légions d'artistes épuisaient leur talent en inventions fières ou gracieuses, et de leurs mains sortaient des vaisseaux, monuments d'un art grandiose, dont les Du Quesne et les Duguay-Trouin savaient faire, à jour dit, de l'ormidables machines de guerre.

L'histoire de la décoration navale nous mènerait beaucoup trop loin. Je dois me borner ici à en esquisser quelques traits principaux, sans sortir de l'arsenal de Toulon,

C'est au seizième siècle qu'il faut remonter pour trouver les origines de cette histoire. C'est alors, en effet, qu'une marine de guerre commença à se former dans les ports de la Méditerranée. Des seigneurs provençaux, armant à leurs frais desgalèreSj et même des vaisseaux, comme d'autres levaient des régiments, venaient les offrir au service du roi

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de France. La lanlaisie individuelle avait beau jeu, et, comme le zèle créait une rivalité de luxe, on ne peut p;is douter que ces galères, construites à Marseille par des Génois, n'aient porté dès lors des ornements semblables à ceux dont se paraient les galères italiennes. Essai timide, assurément, et sans influence. La marine provençale existait encore trop peu. Elle apparaissait ou disparaissait selon les besoins du moment. En 1598, quatre galères toscanes suffisaient à tenir en échec toute la côte de Provence.

L'année 1620 vit s'organiser à Toulon un commencement de corps de marine militaire. Puis survint, en 1631, le Règlement du cardinal de Richelieu, décidant que les vaisseaux ne seraient plus à la charge des capitaines, mais à la charge de l'Etat. La marine française date d'alors ; et d'alors date aussi, plus indirectement, l'application générale de l'art à la décoration navale.

Les recueils de pièces maritimes conservées au Cabinet des estampes de Paris ne donnent pas d'exemples de décoration navale antérieurs au seizième siècle, et les exemples qu'ils fournissent se rattachent tous uniquement aux traditions de la renaissance italienne. On n'y aperçoit rien qui témoigne d'un art antérieur. Sans doute, les nefs du moyen âge étaient peintes et dorées, mais aucun monument ne les montre décorées de ligures et d'or-

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nements. Quand le pinceau fidèle et précis de Memlinc retrace les épisodes de l'histoire de sainte Ursule, les navires sur lesquels s'embarquent les vierges de Cologne représentent ceux que le peintre du quinzième siècle avait vus de ses yeux. Or, ces navires ne portent aucune décoration. Le vaisseau flamand, conservé à l'Armeria de Madrid et daté de 1525, n'a qu'une frise d'ornement courant le long des bordages. Il faut arriver jusqu'en 1568 pour apercevoir un véritable système décoratif appliqué, non pas encore aux vaisseaux, mais aux galères, et à des galères de la Méditerranée, c'est-à-dire sous l'influence italienne. Un écrivain espagnol, van der Hummeny Léon, décrit en termes pompeux la galère destinée à don Juan d'Autriche, dont la poupe, enrichie de nombreuses figures peintes, représentait les épisodes de l'histoire de Jason. Enfln, au commencement du dix-septième siècle, lorsque Stephano délia Bella grave ses estampes de marine, le système est complet, avec tous les éléments qu'il comporte. Des cariatides s'appuient aux flancs de la galère; des chimères ailées supportent le carrosse ; des termes séparent les bas-reliefs. La répétition des mêmes motifs sur plusieurs bâtiments analogues prouve bien qu'il ne s'agit pas d'un fait isolé, mais d'un système d'art adopté depuis quelque temps déjà et passé en usage. Or, cet art n'accuse point d'autre origine que la Renaissance ilnlitMine. C'est un

dérivé (le ce grand courant qui se répandit pa,rlout

pour tout vivifier et tout rajeunir.

Voilà donc un point acquis. En 1654, au moment oij s'organisait l'arsenal de Toulon, la décoration navale n'avait plus rien à apprendre, en ce qui touche les galères. Il s'en fallait de beaucoup que l'ornementation des vaisseaux fût aussi avancée. Les vaisseaux du seizième siècle ont leur arrière plat et nu. Une pièce allemande, gravée en 1597, nous montre un vaisseau pourvu d'un balcon découvert, et décoré, le long des bordages, de plusieurs mufles de lions et d'un grand rinceau sur un fond noir. Mais la disproportion de ces ornements avec les dimensions du navire semble indiquer, de la part du dessinateur, un travail de fantaisie. Toutefois, le vaisseau gravé en 1605 par II. Hondius offre une décoration analogue; celui de Janssonius, en 1602, n a qu'un écusson sculpté au château d'arrière.

Pour les premières années du dix-septième siècle, les estampes de Gallot et de Délia Bella fournissent des renseignements précieux. Parmi les nombreux vaisseaux représentés dans les pièces du siège de la Rochelle (1624 à 1628) et dans celles de l'île de Rhé (1625), on dislingue quatre types différents. Tous ont l'arrière absolument nu, sauf un écusson sculpté au château. Les uns ne portent ni ])alcon ni galerie. D'autres sont pourvus; d'un l)nlcon en

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