‹ Pierre PugétChapitre 28 sur 232 · L.V DÉCORATION NAVALK · texte numérisé non relu

L.V DÉCORATION NAVALK

l'escadro que le duc de Rrézé conduisit en 1645 contre les Espagnols. Il sculpta, en 1645, le vaisseau la Reine, d'après les dessins de Puget. Le Parfait, conslruit à la même époque^ sortait également de ses mains. Puis, lorsque les troubles de la minorité de Louis XIV amenèrent un temps d'arrêt dans les constructions navales, de 1648 à I65i, Nicolas Levray , rendu à l'art civil , éleva des fontaines en société avec Gaspard Puget et Pierre Puget. On se souvient qu'il avait obtenu le prix-fait du portail de riiôlel de ville de Toulon, en 1656, quand son terrible rival survint et lui enleva l'ouvrage. Le maître sculpteur retourna aux travaux de l'arsenal, qui commençaient à reprendre un peu de vie, grâce aux campagnes du due de Guise et du duc de Mercœur. Le traité des Pyrénées, en amenant la paix, permit de développer les ressources futures de la guerre. On mil sur le chantier de nouvelles escadres, on radouba les vieux vaisseaux. Une lettre de l'intendant La Guette, écrite à Golbert le 12 juin 1665, va nous montrer ce qu'était à ce moment l'art de la décoration navale, et surtout ce qu'il prétendait être.

Je prends la liberté, M., de vous faire présenter par le s' Chappellier mon nepveu ou plustot par M. I^ellissary, le portrait de la gallere Capitane comme, estant une œuvre de vostre ministère plustot que de mes seings.

J'ay beaucoup de regiet que 1(; peintre n'a pas esté assez ingénieux jiour la représenler aussy liello e( aussy niai;ni(i(Hie (pi'elle se

voiticy ol qu'elle pnroistra dans les porlz eslrangers. Et s'yj'eslois assez cloquent pour vous en faire une véritable description vous advoucriez sans doute qu'elle est incomparahlomcnt plus enrichie et plus ornée que ne le représente la iieinturo. Et mosme le peintre n'ayaiil sceu faire voir le dedans de la poupe qui est doublé de lambris d'olivier et de bois d'Inde qui représente quantité de fleurs de lys d'or, d'Elles couronnées, et qui ce ferme avec un ballustre doré, on peut dire qu'il a caché ce qui est de plus singulier dans la consirnction de lagallere.

Enfin, M., j'ay souvente fois souhailté que vous eussiez pu voir les baslinients qui se sont construits icy depuis que vous avez voullu jeter les yeux sur le fait delà manne, mais particulièrement la capitaine et le vai!?seau S. Philippe, puisque vous auriez congneu que ce sont deux machines, qui, outre qu'elles seront très-bonnes à la guerre, seront encore propres à faire esclater sur les mers la magnificence de Sa Majesté.

Tel esl le progivimnie de la décoralion navale claii-ement indiqué. Il ne suffit pas que la consirnction produise des machines très-bonnes k la guerre, il faut que l'art les rende propres ta faire éclater sur les mers la magnificence du roi de France. Eh bien, n'en déplaise au génie maritime, il y avait de la gi\andenr dans un tel programme, il y avait surtout de la vérité. Car aucune des productions de la nature, aucune des œuvres de Dieu n'est brutalement utile. L'art enveloppe tout. La machine humaine, plus parfaite à coup sûr que la plus savante machine à vapeur, a été jetée dans un moule dont la beauté n'enlève rien à sa puissance. On se rapproche donc de la vérité souveraine, quand on pare l'utile des vêtements du beau. On s'en éloigne.

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