‹ Pierre PugétChapitre 29 sur 232 · L'ARSENAL DE TOULON · texte numérisé non relu

L'ARSENAL DE TOULON

quand, déchirant le beau, on nous montre l'utile dans sa triste nudité.

L'histoire de la décoration navale est là tout entière, et l'histoire de Puget aussi.

La lettre que je viens de citer parle d'un peintre, auteur du portrait de la galère capitane. Il y en avait un en elTet à l'arsenal de Toulon, et nous pouvons le nommer. C'est Jean-Baptiste de La Rose, premier auteur d'une famille d'artistes qui ne s'éteignit qu'au milieu du dix-huitième siècle. Je n ai pas à raconter ici comment Pierre Mignard le distingua à son retour de Rome, comment le cardinal Mazarin,pour lequel ilavait peint une Vue de Marseille, eut un moment l'idée de lui confier la tâche échue plus tard à Joseph Vernet, la peinture des ports de France, comment enfin il entra à l'arsenal de Toulon. Toujours est-il qu'en 1665 la décoration des vaisseaux du roi reposait sur deux artistes, le sculpteur Levray et le peintre La Rose. Tous deux concoururent aux travaux du Saint Plùlippe, dont les peintures et les sculptures revenaient, c'est l'intendant qui l'écrit, à la somme énorme de 20,000 livres. Mais, lorsqued'Infreville arriva pour succéder

108 l'IKIlllM l'IKiKT.

i\ \ai CiUoWo, on 1005, il ne piilsc dissiiiiiilor quo le dévelopjienieni de la marine appelait des artistes plus habiles; il chercha, il s'informa s'il n'existait pas en Provence quelque s(Mil])k'iir de mérite. En voyant les cariatides de riiotel de ville, si bien faites pour porter une galerie de vaisseau, il demanda qui en était l'auteur. On lui nomma Puget, on lui parla du vaisseau la Reine. Dès lors, l'intendant conçut la pensée de rapatrier Puget et de lui confier les travaux d'art de l'arsenal. Une lettre, retrouvée naguère à la Bibliothèque impériale, permet de rapporter à d'Jnfreville tout 1 honneur d'une mesure qui donna de magnifiques résultats. L'intendant s'adressait à Colbert.

A Toulon, le 18 janvier lt)(i7.

... Si quelque chose retarde à nos ouurages, ce sera la sculpture, mais Tou peut se battre sans ces sortes crornemenls qu'on auancera toutefois autant qu'on pourra.

Depuis que je suis en Prouence, j'ay sollicité un nommé Puget habille sculpteur, qui s'est retiré de Toulon depuis plusieurs années, et s'est allé habituer à Gennes. Je le croirois nécessaire pour la perfection de l'Amiral (le vaisseau amiral) et des autres grands vaisseaux qu'on va bastir. Il est fort en estime comme excellant à son art ; aussy se fail-il beaucoup valloir, comme l'on peut remanjucr par ses prétentions, dont j'en enuoie autant, je travailleray à les modérer, et le mesnageray, si sa Majesté a agréable qu'on le rapelle en France.

Les premières avances faites à Puget par la décoration navale remonteraient donc à la fin de J QQ(j, c'est-à-dire au moment où l'auteur du Saint Séhas-

COiNDITlONS DE PUGET. J 09

tien jouissait pleinement de la gloire et du bonheur qu'il s'était acquis à Gênes. La conscience de cette situation peut seule expliquer les conditions étranges qu'il osa adressera d'Infreville, avec l'imperturbable candeur du génie. A la lettre de l'intendant se trouve annexée la copie que je reproduis ici :

ENVOYÉ A LA COUR Par M. El" I .N FK E V 1 L LE L E 1 8 J AN V lE R 1 667

Coppie des conditions que le s' Pugct sculpteur désire qu'on luy accorde, auant que d'entrer au service du Roy dans son Arsenal à Toulon qu'il a envoyées à M. d'Infreville Intendant. Premièrement

1. Je voudrois que l'ordre en vint du Roy, ce qui vous seroit facile escriuant en cour, comme nécessaire pour la gloire de notre nation.

2. Je veux estre considéré non point comme ouvrier, mais comme principal officier.

3. Je veux donner le dessein do l'architecture du nauire, j'entends tout ce qui est hors de l'eau, ou Euurcmort, et que mes dessoins fussent suivis de point en point après auoir esté examinez de vos principaux maistres connue Rodolphe, Poumet et Coulom.

4. Qu'il me sera permis d'enrichir de mes ornemens à ma façon sans qu'on me contredise, soit maistre de hache ou autres officiers.

5. Qu'il me sera donné un habille homme pour rac soulager à ma volonté, auquel on payera un escu par jour.

6. Qu'il ne sera enuoyé aucun dessein, soit à Monscig' Tamiral ou au Roy, ou tableau, qui ne soit porté par Puget.

7. Que je ne veux trauailler de mes mains qu'aux modelles, ou desseins du trauail.

8. Que les officiers n'auront rien à dire, sy je fais trauailler à mon asleUer, en marbre ou en bronze.

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