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PUGET A PARIS

dissement de Marseille que de l'Arsenal de Toulon. Sans doute, l'occasion lui parut bonne de montrer à l'ouvrier provençal, en lui fermant sa perle, combien peu il était nécessaire à la gloire de la France, et l'artiste, de son côté, put se convaincre qu'à Versailles il était un inconnu. Une seule issue lui restait pour entrer au service du Roi, la décoration navale. Mais, si l'on voulait passer par cette porte, il fallait se faire petit. Une leçon de modestie, c'est donc tout ce que Puget rapporta de son voyage.

Aussi, à peine de retour, froissé dans son orgueil, ou plutôt dans la conscience de son génie', Puget s'en fut à Gênes. II y avait laissé un grand ouvrage en cours d'exécution, le maître-autel de Saint-Cyr. Diriger la fonte des figures de bronze, les reprendre au ciseau, compléter les détails, c'était assez pour l'occuper. En même temps, le groupe de la Conception, déjà ébauché, sollicitait la main du maître. Ce sublime boudeur n'avait donc pas à craindre de rester oisif, et peu à peu il redevenait génois, lorsqu'il reçut l'avis que le Roi de France réclamait ses services.

Colbert cédait enfin aux sollicitations de d'infrcville, ainsi qu'en fait foi une lettre de l'intendant au ministre, en date du 1^' mai 1668.

Je feray sçavoir au sieur Puget les intentions de Sa Majesté et foray mon possible pour le faire revenir icy. 11 y a longtemps que je n'ay eu connnerce avec luy, ce <iui faict que je ne diray encore

H« l'II'RRE PUGET.

rien de la resolution (|u'il pourra prendre. Je l'excileray par toutes sortes de moyens k venir servir icy Sa Majesté et d'y prendre la direction et conduite de tous les sculpteurs. Il en est très-capable et feray en sorte qu'il cnvoyera les dessins des autres ouvrages à Sa Majesté.

En effet, la situation de l'arsenal rendait Pugetdc plus en plus nécessaire. Colberl rappelait Girardon « pour l'obliger à retourner travailler aux entreprises qu'il a faictespour le Louvre, » c'est-à-dire à la galerie d'Apollon, ouvrage infiniment plus glorieux que la sculpture des vaisseaux, et, sans doute aussi beaucoup plus du goût de l'artiste. D'Infreville se retrouvait seul vis-à-vis des anciens sculpteurs et de Taureau dont tous étaient jaloux. Ce dernier voulait jouer au maître. Les escouades entraient en guerre. Les épées sortaient du fourreau. Comment faire exécuter les mémoires et les ordres laissés par Girardon, si l'on n'avait pas « un homme d'âge et d'autorité pour conduire cette jeunesse? » Cinq vaisseaux en construction , cinq autres en perspective, « c'est de quoy occuper Puget, » écrivait l'intendant, « Et quand il ne serviroit qu'à donner l'intelligence aux ouvriers qui travailleront sous luy en ces sortes d'ouvrages, je crois qu'il gagnera et méritera bien les appointements qu'on luy donnera. » L'arsenal attendait donc son salut d'un seul homme.

Cet homme était prêt. Mais, puisque la coquetterie lui réussissait vis-à-vis des avances de la déco-

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