PUGET A TOULON. H
ration navale, il continua le même manège, et se laissa solliciter. « J'attends le sieur Puget, qui a peine à partir de Gênes, écrivait l'intendant. Il me mande estre au lict et qu'il partira aussitôt que sa santé le permettra. » Enfin, après deux mois de pourparlers, le sieur Puget daigna se rendre aux désirs de Sa Majesté le roi de B'rance. Il arriva à Toulon le 8 juillet 1668.
Deux jours après, Puget visitait l'arsenal, et l'intendant en rendait compte au ministre.
J'ai enfin obligé le sieur Puget à venir icy où il est arrivé depuis deux jours. Il n'a veu qu'aujourd'huy les ateliers du Roy qu'il a parcourus, particulièrement celuy des sculpteurs, où il a veu des desseins et modelles sur lesquels on travaille pour la poupe de l'ylmiral (c'est-à-dire du fioyflZ-LoMî's); il en fait beaucoup d'estime et admire la diligence qu'on apporte pour achever cet ouvrage. Il est sy fort attaché à travailler au marbre qu'il voudroit bien avoir de quoy s'occuper "a ces sortes d'ouvrages. Il m'a tesmoigné qu'il auroit peine aujourd'huy à s'assujettir à travailler de sa main aux ornemenls des deux navires auxquels on n'a point encore travaillé jusqu'à présent, mais qu'il se portera volontiers à donner ses desseins ausquelz il fera travailler par les sculpteurs qui sont icy, qu'il visiteroit souvent pour corriger s'ilz manquoient aux proportions qu'il leur auroit données, et il semble que c'est ce qu'on peut espérer de luy. Car asscurénient il a acquis une telle réputation par les pièces qu'il a faites et laissées *a Gennes que ces messieurs se sont engagés à lui faire continuer do semblables ouvrages, a quoy
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il ne s'engngera pas s'il est commandé de S. M. de f;iire quelque pièce qu'il pourroit envoyer tout achevée aussi bien que le marbre qu'on emporte dicy pour le Louvre. Je le mosnagcray le mieux qu'il me sera possible et tireray de luy ce que je pourray pour l'entreprise dos poupes et poulcines du Daufin Boyal et du Monarque. II m'a proposé une chose depuis son arrivée quf je ne crois pas à rejetter, qui seroit de l'aire cinq ou six modelles de poupes qui serviroient de desseins pour tous les navires qu'on basliroil à Toulon, auxquelz,en diminuantquelques figures tantoslà l'un tantost à l'autre, et en y posant d'autres, cela y feroit quelque différence et conlentcroit ceux qui s'entendent à cet art, et serviroit d'ornement "a tous les vaisseaux qu'on pourroit bastir, ces sortes d'ouvrages ayant une relation les uns aux autres ; et il ne seroit pas nécessaire de faire autant de modelles comme on auroit de navires; je sçauray profiter de son séjour et tirer de luy tout ce qui nous sera nécessaire de son art.
Il est difficile de mieux metlre un personnage en scène que ne le fait cette lettre. Elle peint Puget, non pas en buste, mais en pied. Un comédien émérite, habitué, selon le langage des coulisses, à soigner ses entrées, ne s'y serait pas pris plus habilement pour faire ce premier pas, si important, si décisif. Il visite, il loue, il admire. Mais, travailler de sa main, fi donc ! Une surveillance générale, une haute direction, à la bonne heure! Et de là cette idée de poncifs, si étrange à première vue. Son affaire à lui, c'est le marbre. En parcourant l'arsenal, il voit sur le quai ces blocs destinés au Louvre, et voilà sa tête qui part. Qu'orfles lui donne, il en tirera des chefsd'œuvre. Ainsi, à côté de la vanité qui s'étale naïvement, le génie éclate et déborde.
En appelant Puget à Toulon, Colbert ne paraît pas avoir eu d'idée bien arrêtée. On dirait presque