‹ Pierre PugétChapitre 35 sur 232 · PUGET ET COLBERT · texte numérisé non relu

PUGET ET COLBERT

qu'il agit à son corps défendant. En effet, il lui constitue une pension de 5,600 livres, ce qui le place bien au-dessus de Taureau et de Rombaud, appointés, l'un à i,'200, l'autre à 1,000, et cependant on le voit aussitôt jaloux de retirer d'une main ce qu'il accorde de l'autre. D'Infreviîle n'eût pas mieux demandé que de s'en remettre entièrement sur Puget du soin de diriger la sculpture et de commander les sculpteurs. Mais Colbert résiste aux entraînements de l'intendant et lutte pied à pied contre les prétentions très-légitimes de l'artiste. Voilà les deux hommes aux prises, Colbert et Puget. Duel étrange qui dura dix ans. Le ministre demeura maître du terrain. Puget céda la place, mais sa défaite administrative fut pour l'artiste la préface d'un triomphe plus grand.

Le Roi/al-Louis était sur le chantier. Colbert recommande bien vite qu'on en laisse la conduite à Taureau : Puget n'a rien à y voir. D'Infreviîle propose de confier à ce dernier l'embellissement d'un canot. — « Il ne faut pas qu'il soit si pressé, écrit Colbert en marge de sa lettre. Qu'il ordonne au sieur Puget de faire le dessin d'une poupe de vaisseau et me l'envoyé, pour connoistre ce qu'il sçait faire. » — « Ce qu'il sçait faire, » le ministre l'ignore, quoiqu'il l'ait attaché au service du roi, et il en demande la preuve, lorsque déjà le sieur Puget est à Toulon depuis un mois, les mains liées, et lorsque

120 iMEHhK I' II ni: T.

V Hercule gauJoh décore les jardins de Sceaux 1 Aussi l'artiste se rctouiiic de ions cotés, cliciclianl où l'épandre l'activité qui le dévore. S'agit-il de construire une étiivc? Il donnera un dessin. Fanl-iHondredes canons? Il est prêt, et d'Infreville, ravi d'avoir sous la main un homme de mérite, le consulte pour l'étuve et pour les canons. En même temps, il compose la poupe du Monarque, il décore le canot, et cependant il demande qu'on lui envoie de Versailles « quelques desseins de figures de marbre pour s'occuper, qu'il les envoyera toutes faictes et accomplies. » Sur ces entrefaites, Arnoul, l'intendant des galères à Marseille, l'envoie quérir, et les échevins marseillais le réclament « pour dresser le dessein de leur porte royale et les alignements des rues et agrandissements de leur ville. » Puget y court et leur présente un dessin merveilleux dont je parlerai plus tard, afin de ne pas interrompre ce récit. Girardon, qui se rendait en Italie, le trouva au milieu de ces travaux multiples. En bon confrère, il daigna l'y aider : c'est lui qui donna à Ârnoul les dessins des poupes des galères. A Toulon, où il séjourna ,

plus de deux mois, il dressa le modèle du Dauphit}- 1

Royale tout en corrigeant les défauts du Royal I

Louis. Toutefois, il ne paraît pas que les deux sculpteurs aient cessé de vivre en bonne intelligence, au moins à la surface. Girardon reprit sa route du côté de Gênes; Puget, sans doute, l'avait prié de s'y ar-

Page 1