‹ Pierre PugétChapitre 39 sur 232 · CLAIRVILLE · texte numérisé non relu

CLAIRVILLE

ornements tlu Ro^jal-Loim^ » c'esL-à-dire à Rombaud Languenu dont cette phrase nous apprend la nationalité. L'intendant d'Infreville se débat au milieu de ses artistes. Puget et La Rose, prenant leur rôle au sérieux, veulent tout diriger, môme les ouvriers employés au Royal-Louis. Mais Taureau, la créature de Girardon, se révolte. C'était de tous la plus mauvaise tôte : « il ne peut assujettir personne à travailler sous lui, écrit d'Infreville; il est débauché, querelleur; » — Quant à Pugct et La Rose, « ce sont, dit-il ailleurs, des ouvriers qui se font valoir et savent prolonger leurs ouvrages pour se Hîndre nécessaires. » Sur ces entrefaites, arriva à Toulon un homme qui seul osa tenir lête à Puget, si bien qu'il finit par le dégoûter de l'arsenal et des vaisseaux.

Cet homme est le chevalier de Clairville. Son apparition au port de Toulon marque l'aurore d'une révolution, le premier coup porté à l'art delà décoration navale. Clairville, commissaire général des fortifications, venait pour s'occuper de la clôture du cap Sépé et de l'agrandissement de l'arsenal. Or déjà Puget, regardé comme la plus forte tête de Toulon, avait sur la demande du duc de Beaufort, donné des plans de l'un et de l'autre travail. Clairville, irrité de l'omnipotence d'un artiste qui empiétait sur ses attributions d'ingénieur, se fit un parti pris d'improuver toutes les idées, toutes les œuvres do

12G PIERRE l'IJGET.

Piigct. Ce bAtimcnl dcl'cluvc, d'uiuïstruclunî belle el miignirK|iic, (jiii n'est plus qu'à couvrir, il veut le jeler à l»as. La muraille de clùlure du cap, imaginée })ar Puget comme une œuvre d'art et d'utilité (oui ensemble, c'est-à-dire, ainsi que s'exprime l'inlendanl, « avec un ordre d'architecture qui contenle la vue, » il la condanme. Les plans d'agrandissement, dressés par l'arlisle dans cet esprit de beauté qui ne l'abandonnait jamais, il les repousse. Il ne veut pas qu'il reste rien à l'arsenal que ce qu'il propose. En vain d'Infreville résiste, en vain il représente Puget comme un excellent architecte, en vain il demande qu'on lui laisse achever le côté du parc commencé, pendant que ClairvilJc conduira l'autre, afin que l'on juge de la différence de beauté, différence qui n'augmente presque point la dépense. L'ingénieur tient bon, met en avant, comme toujours, l'économie, les exigences de la défense militaire, et, comme toujours, il l'emporte. La retraite de d'Infreville, survenue au mois d'avril 1G70, eut peut-être pour cause ce triomphe de l'esprit ])ositif sur des projets dès longtemps caressés, où le goût éclairé de l'intendant trouvait mieux son compte.

Toutefois Puget, soutenu à Toulon par d'Infreville, à Aix par le premier président, Forbin d'Oppède, à Marseille par Arnoul, intendant des galères, obtint que ses plans ne seraient pas complé-

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