‹ Pierre PugétChapitre 41 sur 232 · A TOULON · texte numérisé non relu

A TOULON

Ion ou à Gènes, ce morceau tic gourmet a du lui faire passer de bien douces heures où il oubliait. Colbert, Clairville et tous ses ennuis administratifs. Un des deux anges porte une sorte de temple sur le fronton duquel on lit domus aurea, et sur la base, la main de Puget a gravé l'inscription suivante :

N. D. rVGET. MAC. F. AN. D. M. P. MDCLXX.

c'est-à-dire : Nobilis Domimis Puget Momlienm faciebat anno Dominimense prmo 1670. — Cette Vierge, faite pour la chapelle domestique des Lomellini, est aujourd'hui placée sur l'autel de l'Oratoire de saint Philippe de Néri, qui la reçut, en 1762, deStefano Lomellini, en échanged'une statue médiocre et de quelques prières.

Quand Puget revint à Toulon, au mois de juin de l'année suivante, il trouva un nouvel intendant installé à l'arsenal. Louis Matharel ne connaissait pas le grand artiste. Celui-ci débuta par se poser en maître, pour regagner le terrain perdu. En son absence, Rombaud et Taureau avaient donné le dessin et commencé le travail des pou[)CS de })lusieurs vaisseaux neufs. Puget veut qu'on détruise

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leur ouvrage. Bien plus, soil qu'il prit au séiimix la demande du l'eu duc de Dcauforl q(jl désirait qu'un lui fil cunsliuire un vaisseau, soit qu'il ne craignît [)as d'abuser de rinexpérience du nouvel intendant, voilà Puget qui prétend non-seulement à la direction de la sculpture, mais encore à la direction absolue des constructions: excellent moyen de se mettre à dos, après lesscul})teurset les ingénieurs, les charpentiers eux-mêmes. Matharel embarrassé, en réfère à Colbert qui répond :

« L'iiileiilion du Roy est que le sieur l'ugcl a\t la direclion des uuvragcs de scul|)ture; mais il faut que Ronibaud et Taureau qui travaillent à présent sur les dessins de M. Le Brun au Royal -Louis et au Dauphin-Hoyni achèvent leurs ouvrages, et aussytost qu'ils auront fini, il faudra qu'ils travaillent sur les desseins dud. Puget, bien entendu qu'auparavant d'en mcUre aucun à exécution, il me les cnvoiera pour les faire voir au Roy. — Quand à la construction des vaisseaux, ledit Puget ne doit pas en prendre la direction, c''est à luy à s'assujettir pour la sculpture à ce qui sera résolu par les officiers et les charpentiers du port, et s'il se met de pareilles chimères dans l'esprit, il faudra bientôt le remercier »

Certes, personne mieux que nous ne rend justice au génie de Colbert. Mais qui ne serait blessé d'un tel langage? Les prétentions de Puget étaient exagérées, d'accord, mais non sans fondement, car la sculpture d'une poupe de vaisseau présentant une surface de 200 mètres carrés se lie étroitement à sa construction même, et c'est pourquoi il avait spécitlé qu'il donnerait le dessin de l'architecture. Quand nous comparons la position abandonnée par

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Puget à Gênes, position dont le moindre avantage était de lui permettre de produire de grandes œuvres, et cette situation précaire, subalterne, que lui fiiit à Toulon le zèle ombrageux d'un ministre français, nous ne pouvons que plaindre le grand artiste ainsi réduit à l'inaction, mis en suspicion continuelle, et traité à quarante-huit ans, après les Cariatides, après Y Hercule Gaulois, après le Saint- Sébastien et la Conception de l'Albergo de Gênes, comme un petit garçon ou un ouvrier sans cervelle. Mais de tous ces ouvrages, Colbert ne connaissait rien, pas même, à ce qu'il semble, V Hercule Gaulois dont il était possesseur. Il n'avait vu ni Gênes ni Toulon. Contre nos jugements sévères on pourra donc invoquer en faveur du ministre la plus forte et la plus triste des cn\'onstances atténuantes, l'ignorance.

Quelques historiens ont pensé que Colbert poursuivait en Puget l'ancien protégé du surintendant Fouquet. Comment en douter, quand on voit sa haine saisir avec avidité les moindres occasions de nuire à l'homme dont il a brise la carrière? Puget, absent six mois , réclame seulement le premier quartier de l'année 1670, pendant lequel il avait un congé. Le ministre refuse, et s'apercevant que ce trimestre est de trois cents écus, il en })rend texte pour trouver l'appointement « un peu fort » et demander « les ouvrages qu'il fait à ce prix-là. »

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Malhar(3l osa répondre, c'est un courage dont il faut lui tenir compte. — « 11 a le génie fort beau, dit-il, et très-propre à servir en ce port pour les choses auxquelles il est destiné, c'est-à-dire aux dessins et ouvrages de sculpture en quoy il excelle; il prétend aussy estre sçavanl en l'architecture de terre et de mer et il parle assez hien de l'une et de l'autre. Il a conduit icy un pavillon qui sert à l'cstuve , lequel est fort bien basti mais Ibrt mai placé.... »

C'est précisément ce « beau génie, » ce génie louche-à-tout qui soulevait contre Puget les spécialités jalouses. Le chevalier de Glairville continue à demander la démolition de l'étuve. Les entrepreneurs de la sculpture s'écartent des dessins donnés, ce qui oblige à recommencer l'ouvrage, et la faute en retombe sur Puget. Voici maintenant un chef d'escadre, d'Alméras, qui déclare les poupes des vaisseaux trop lourdes, nuisibles à la navigation et au combat. Puget allègue que celle de Vile de France a été faite en dépit de ses ordres, il convient du défaut et veut le réformer, il est d'avis de réduire les ornements. Peine inutile : Colbert s'empare de la déclaration de d'Alméras et la tourne contre Pugel. — « Il n'y a rien de si important, écrit-il, que de retrancher tous ces grands ouvrages auxquels les sculpteurs s'attachent plus pour leur réputation que pour le bien du service. » — La lettre est du 24 oc-

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