L'ANGLETERRE
tobrel670; vient-elle bien du même ministre qui écrivait, le 14 juillet 1669, c'est-à-dire quinze mois auparavant? — « Il n'y a rien qui frappe tant les yeux ny qui marque mieux la magnificence du Roy
que de bien orner les vaisseaux » Que s'est-il
passé dans l'intervalle d'une lettre à l'autre? Presque rien. Un mot a été prononcé, mot magique qui a toujours eu le privilège de faire faire aux gouvernants de la France les plus curieuses volte-face. — L'Angleterre! — Oui, l'Angleterre a retranché les poupes ornées (faule de bons sculpteurs) ; l'Angleterre désapprouve les galeries (sauf à les reprendre plus lard). Imitons l'Angleterre.
Une fois ce grand mol lâché, Puget devient inutile. Qu'a de commun l'art exubérant qui déborde de son vaste génie avec l'étroit positivisme anglais? Ce n'est plus qu'une question de temps. En effet, Matharel, soutenu par bon nombre de capitaines, voudrait capituler. Mais toujours Colbert revient à la charge : — L'Angleterre ! — C'est le sans dot d'Harpagon. Et d' Aimeras, trop heureux de naviguer dans les eaux du ministre, lui envoie un mémoire où il s'appuie sur l'Angleterre pour écraser Puget. — « Il vaudrait mieux, ose dire le fougueux chef d'escadre, que le Roy luy donnast dix mil escus tous les ans pour ne jamais mettre les pieds dans l'arsenal. « Ce vœu, dont \a réalisation eût comblé Puget de joie, un ordre du roi du 2() mai 1671 le
loi l'IEP.RK l'IJGET.
roprodilil Jtniliihîniriil, el déclare quo lf»ns les dessins de l'arlisle seront soumis à I'npj)rol)alion du conseil des constructions. C'est l'arrêt de mort du pauvre homme. Aussi il agonise. Il s'est rejeté sur un projel d'arsenal. — « Prenez garde, écrit Colbert à Maliiarel, c'est un homme qui va un peu vile et qui a l'imagination trop chaude. » — 11 voudrail, à défaut de vaisseaux, s'occuper des galères : — «Je n'ay pas besoin, écrit Colbertà Arnoul, que le sieur Puget travaille à aucun dessein, envoyez un modèle et je ferai travailler aux ornements par M. Le Brun. » — L'auteur du Saint Sebastien eut alors une idée sublime : il inventa des lanternes ! et Colbert approuva les lanternes du sieur Puget!
A ce jeu-là personne ne se trompait, ni Coll)ert ni Puget. Le premier aurait bien voulu se débarrasser de l'artiste, n'était la difficulté de le remplacer. Celui-ci aurait bien voulu se débarrasser du ministre, n'était la question des appointements. 11 en revint à son premier projet, ou plutôt à son idée llxe, obtenir la commande d'un ouvrage en marbre. Dans toute cette affaire, Puget me paraît assez tiède à l'endroit de la décoration navale. Ce qu'il prétend, ce qu'il convoite dès le premier jour à l'arsenal de Toulon, c'est une position analogue à celle des sculpteurs de Versailles, un appointement fixe en qualité de maître, le marbre à discrétion et ses ouvrages payés en sus. Un tel désir n'avait rien