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LA RÉFORME ANGLAISE

que de légitime. En ce moment, après la lutte et les déboires, il se réveilla plus vif que jamais. Faire une statue, c'était le seul moyen d'affirmer hautement sa valeur et de fermer la bouche à ses ennemis. Il en avait écrit à Colbert au mois de novembre 1070, en réclamant le quartier impayé. Golberl comprit enfin ce que cette proposition avait d'avantageux à son propre point de vue, puisqu'on laissant Puget à l'arsenal pour contenir les sculpteurs subalternes, elle annihilait son influence sur la direction des travaux. Il consentit, sans se douter qu'il lui préparait un triomphe. Mais il fallut que Puget envoyât des dessins des statues projetées, et, quant au quartier en retard, il n'en fut pas plus question que si son abandon avait été le prix du consentement du ministre. Au surplus, voici la réponse de

Colbert à Puget

Paris, '26 décemhro 1G70.

Vous aurez appris, depuis peu, par M. Malharel, ce que vous me (lomandez, par voslre lettre du 20 du mois passé, au sujet des marhres qui sont à Toulon et de l'ouvrage que vous proposez de faire pour le Roy. Ainsy je n'ay qu'à vous répéter de faire des dessins de ce que vous aurez envie de faire et me les envoyer ; et après les avoir fait voir à Sa Majesté, je vous fcray sçavoir ses intentions à cet égard et douneray les ordres qu'il faudra à M. Matharel pour vous faire délivrer les blocs de marbre, engins et liommes nécessaires pour y travailler.

J'attends les nouveaux dessins de poupes de vaisseaux qu'il nie dit que vous avez faits; il faut observer de vous restreindre on cela à ne point incommoder les manœuvres, ni enq)esclicr leur assiette par un poids iuutde.

156 PIERRE PUr.ET.

Ln réforiTio anglniso, réclamée par d'Almrras, cul ainsi ses cuiidccs franches. Elle porta non-seulement sur la sculpture des poupes des vaisseaux, mais encore sur la peinture des chambres, où se rcirouvail le même goût de magnificence, el elle alla jusqu'à Marseille frapper la décoration des galères. Pugel n'(^n conserva pas moins sa position de maîtrc-scidpleur. Content de pouvoir se })longcr dans le marbre, il se soumit à tous les retranchements exigés par Matharel pour la décoration navale, et se borna dès ce moment à diriger de haut et de loin. A partir de 1672, nous verrons Puget occupé un peu partout en Provence, hors de Toulon. En mêm(! temps, il s'emparait des pièces de marbre qu'il trouvait gisantes dans l'arsenal et les faisait équarrir, "en attendant la réponse de Colbert sur les dessins qu'il avait envoyés. Ces dessins, une lettre de Matharel nous l'apprend, c'était la figure de Milon deCroto7ie eiV Alexandre rendant visite à Diogène.

Après ce long récit que je n'ai pas voulu interrompre et qui nous conduit à une nouvelle période de la vie de Puget, il faut nous arrêter un moment pour chercher quelle fut l'influence de l'auteur du Milon sur la décoration navale.

INFLUENCK DE PUGET, 157

Les historiens ont singulièrement exagéré celte influence parce qu'ils manquaient de documents précis, ^^i Bougerel ni Emeric David n'avaient vu ces poupes et ces galeries dont ils font tant d'état ; ils parlaient par ouï-dire. En effet, les vaisseaux construits du temps de Puget subirent de bonne heure des remaniements considérables . Les fragments qu'on en conservait n'étaient pas sortis de l'arsenal de Toulon. Quant à ses dessins, on devait les croire enfouis dans les archives de la marine. Il n'en était rien cependant. Soit que Colbert y attachât peu d'importance, soit qu'aucun dragon ne veillât alors sur les archives, dès le commencement du dix-huitième siècle les dessins de Puget, ses projets officiels, ses épures, se trouvaient en différentes mains. Henry fut le premier qui songea à s'en servir; il en a décrit deux. Aujourd'hui on en rencontre un peu partout à Paris et en Provence, excepté à l'arsenal de Toulon et au ministère de la marine. Pour moi, il m'en est passé sous les yeux une trentaine, originaux ou copies, et c'est sur ces pièces d'une authenticité certaine que je lâcherai d'asseoir mon jugement, beau-

coup ])lus que sur les Ir.'igmonls conservés au musée (le marine; du Louvre.

Ces fragments consistent en neuf bas-reliefs el quatre ligures de bois doré que le catalogue. nous donne comme sculptés par Puget pour l'arrière de la galère la Réale. Mais d'abord, rien n'autorise à croire que Puget ait jamais touché aux galères. C'est à Marseille que se construisaient les galères. Puget avait la direction de la sculpture des vaisseaux qui se construisaient à Toulon. Une seule fois l'intendant des galères, Arnoul, l'appela à Marseille pour le consulter. Il s"y rendit avec Girardon, et une lettre de (rinfreville nous apprend que c'est «Girardon qui a satisfait M. Arnoul pour l'embellissement des pouppes des galères. » En ce qui touche la Réale, les documents sont encore plus explicites. Colbert écrivait à Arnoul le 25 janvier 1671 :

Sur ce que vous m'escrivez que le s' Puget sculpteur u'a pu travailler au modèle de la Réale à cause de l'employ qu'il a à Toulon, je vous dirav que je u'ay pas besoin que led. s' Puget travaille à aucun dessein, mais seulement que vous me fassiez faire promptement un modèle en bois réduit au petit pied, sçavoir un pouce et demy pour pied, plus ou moins, et que toutes les pièces soient réduites à cette mesure, et en même temps que vous y fassiez adjouslcr des pièces de bois contenant les saillies que les ornemens peuvent avoir sans incommoder la navigation de la galère et sur ce modèle ainsy fait je feray travailler aux ornemens par M. Le Brun.

C'est en effet ce qui eut lieu. On s'en convaincra par les extraits suivants des lettres du ministre :

14 AOUST 1C71. — A présent que le sculpteur elle modèle de

LA lit; ALI']. 139

Piéalesoni arrivez, je m'assure que vous y ferez travailler avec diligence

21 AOUST 1671. — Je suis bien aise que le sculpteur de la Béalle soit arrivé et que vous vous disposiez à y faire travailler avec la diligence convenable à un ouvrage de cette qualité. Vous devez observer surtout que le sculpteur ne doit point s'éloigner du dessein du s' Le Brun qui est assurément le plus Iteau

27 KOvuMiini: 1671. — Je suis bien aise de l'assurance que vous me donnez que la galère la Favorite sera l)ientost acbevée et cpie la Patronne sera preste pour la campagne prochaine. Pressez-en toujours la construction

Continuez aussy le travail de la Rcalle. Je suis bien aise de ce que vous me mandez que les desseins qui vous ont esté envoyez réussissent. 11 faut faire en sorte que ce soit la plus forte galère qui ait jamais été mise en mer.

Aucun doute à ce sujet. La Réale a été décorée, d'après les dessins de Le Brun, par un sculpteur venu de Paris. Quant à l'ideniité de la Réale de Colbert avec celle dont les fragments subsistent au Louvre (carie nom de /?tY//e s'appliquait à la galère montée par l'amiral), cette identité n'est pas moins clairement établie. Un document cité par M. ,lal dans son Glossaire nautique, et c'est une note du sieur de Viviers , inspecteur général des galères, nomme six galères construites par ordre de Louis XIV, en indiquant le sujet de leur décoration : « La Réale, le soleil, par comparaison avec Sa Majesté; la Patronne, la lune par rapport avec M. le duc du Maine; la Favorite, Pallas, par rapport à la personne que S. M. honore le plus de ses bonnes gréices; la Reine. » — Les extraits des lettres de Colberl, qui parlent à la fois de la Réale, do la Pa-

tronne ot de la Favorite, assignent à ces trois galères une date commune, et, comme les bas-reliefs du Louvre représentent l'histoire du Soleil, il s'ensuit nécessairement qu'ils appartiennent à la Réalc^ de 1671 et qu'ils ne sont pas l'œuvre de Puget. C'est à Le Brun qu'il faut en restituer l'invention et la composition.

Au surplus, si l'on étudie de près ces bas-reliefs, on se convaincra bien vile que rien n'y rappelle le style ou la main de Puget. Les poses des ligures sont communes, sans effort viril, sans recherche de Ijeaulé musculaire. L'exécution, empâtée par la dorure, reste au-dessous du médiocre. Il n'en est pas de même des figures en ronde bosse représentant deux Renommées et deux Tritons. Mais rien ne prouve que ces Renommées et ces Tritons aient appartenu à la Réale. On conservait pêle-mêle à l'atelier de sculpture de Toulon, avec les bas-reliefs de la Réale, six paires de grandes figures provenant des anciens vaisseaux. C'étaient les deux Renommées, les deux Tritons, deux Sauvages la massue levée, deux guerriers romains, deux atlas couverts d'une peau de lion, deux licteurs. Il n'existait à leur sujet qu'une tradition confuse. En 1822, Emeric David, au moment de publier son Eloge de Puget, écrivit au maire de Toulon pour savoir en quoi consistaient les fragments de sculpture sur bois de l'arsenal, et le maire lui transmettait la réponse de

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