‹ Pierre PugétChapitre 49 sur 232 · MARSEILLE GRANDE ET BELLE · texte numérisé non relu

MARSEILLE GRANDE ET BELLE

pays, Noël Gaultier. Mais, à mesure que la ville s'éteudrait, il lui faudrait bien d'autres édifices, des portes, des marchés, des hôpitaux (on ne parlait pasencore de casernes) . Evidemment, il y avait là pour un artiste de génie une belle place à prendre, et c'est celle qu'ambitionnait Pierre Piiget.

Il arrivait les mains pleines de rêves, sinon de projets. Cette ville dont il s'éloignait à regret, si bien nommée Gênes la Superbe, avec ses palais de marbre, ses églises tapissées d'or, ses rues à magnifique ordonnance, lui apparaissait comme le type d'une cité commerciale véritablement grande et belle, comme le modèle encore informe de ce qu'il fallait créer à Marseille. Chose étrange, Puget trouva de suite à qui parler. Sans placer aussi haut leur idéal, les échevins avaient également de nobles visées, ainsi que l'atteste la lettre suivante, adressée par eux, le 15 mars 1608, au cardinal duc de Vendôme, gouverneur de Provence :

Monseigneur,

Le G" de ce mois nous transigeâmes avecle traiclant de Engrandissement de cette ville par Eentreinise de M. le Premier Président et nous nous mîmes à son lieu et place moyennant 217,000 li\Tes que nous obligeâmes de payer, sçavoir 100 m. 1. au Roy et 107 m. 1. a luy mesme pour tous les frais qu'il avoit faict et pour toutes les prétentions de proffit qu'il. croyoit de fa ire i Les raisons qui nous portèrent à prendre sur nous cet agrandissement furent de tirer nos concitoyens delà pression de ses rigoureuses taxes, et do conserver le plus que nous pourrions la beauté de la ville par toutes les décoralions que nous pourrions iniagii.."r ilc Inv faire afin que

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les rtraiifçors qu'ils y nhordent l't quy n'onlrftit pn^' plus avant dans \c Royaume jugeassent par cette ville de la grandeur et de la jiuissancc de notre Monarque. Ce traicté, Monseigneur, feust faict avec un aiiplaudis.scinent général soit de ce peuple soit de toute la Provence qui voyoit avec déplaisir le pitoyable changement de cette ville.

Au l'ond (le l'affaire il y avail sans doiiie aulre chose qu'une question de beauté. Mais enfin j'aime à voir celte préoccupation entrer en ligne de compte avec les intérêts matériels d'une ville et peser sur les décisions de ses magistrats. La suite prouvera que ce n'était point un masque. Chez ces négociants appelés à l'honneur d'administrer une grande cité, le goût lutte encore contre l'économie; le positirvisme n'a pas tout envahi. Aussi se tournent-ils vers l'homme qui représente en Provence l'esprit du beau, vers Puget. A Marseille, comme à Toulon, l'histoire de Puget va se résumer dans la lutte de l'esprit du beau contre l'esprit positif.

Ce sont les échevins qui ouvrent le feu. Ils s'adressent h d'Infreville, l'intendant de la marine à Toulon, le 15 août 1668.

Hier nous fusmes voir M. de Beringhen pour prandre ses avis sur le plan que nous avons fait prandre de cette ville et fauxbourg que nous désirons suivant la volonté du Roy enfermer de murailles, et comme c'est un ouvrage auquel il ne faut rien espargner pour former un beau dessein, nous vous supplions très humblement d'avoir la bonté de permettre au s'' Puget quy est employé aux arsenaux du Roy de venir en cette ville pour huict jours, afin que nous puissions sur les lieux prandre ses advis. Nous espérons, M', cette grâce de vous, puisque avons l'honneur d'estre

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