PREMIERE EDUCATION
cl le laissoit fairo e1 coïKliiire tous les compagnons qui travailloienl à la sculpture dos galères, presque sans s'enmesler. Se manquement de siense de son maistre l'obligea de songer a prendre le soing de s'avancer a estudier et a dessiner et a bien conoisfre la belle nature. 11 luy (arda beaucoup qu'il ne fust arrivé a Rome pour s'y perfectionner, cl pour cest esfait il n'acbova pas le temps de son oldiiié, qu'il |iarlit pour rilalie.
Remarquons lout (ral)oi"(l celte maîtrise prt'coce confiée à un garçon de quinze ou seize ans. Le fait n'a lien d'invraisemblable — dans un pays d'aveugles le moins clairvoyant passe roi — et il donne la clef d'un des traits les plus marquants du caractère de l'homme, cet esprit de domination qui l'accompagna partout, le rendant partout difficile h vivre, et qui n'était que le reflet prestigieux d'une nature sentant sa force.
Les biographes complaisants vont plus loin : ils aftîrment que le jeune apprenti de maître Roman construisit et sculpta de sa main toute une galère. De Dieu n'en dit mot. Et cependant, si la chose était vraie, Puget, cet homme « sinsère, » n'eût pas manqué de s'en vanter, et son ami d'en garder mémoire. Après tout, qu'avons-nous à faire de cette galère? Dans ce temps où la marine toscane, la première de la Méditerranée, envoyait au port de Marseille les galères richement sculptées, dont les estampes de Délia Bella nous ont conservé Fimage, il suffisait à Puget d'ouvrir les yeux pour sentir le vide de sa prétendue science et pour désirei" l'Italie.
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Il pailil t\n\M' sans toniiinor son lomps d'appronlissagc. Co (lui ctir vors 1040. Il avail alors pn'is (le di\-lmil ans.
Commonl se fil, ce voyage? H n'esl pas besoin de le demander. D'un port de mer à nn autre, le chemin le plus court, c'est la mer. Et cependant, écoutons Emeric David : — « Déjà Puget est en roule pour l'Italie! Philosophe par sentiment, économe par nécessité, il voyage comme Calon et Diogène, » — c'est-cà-dire à pied, c'est-à-dire qu'il s'en va passer les Alpes et faire le tour du golfe de Gênes! Laissons Caton et Diogène avec la galère de maître Roman, et tenons-nous-en au récit de De Dieu.
11 arriva à Livornepar mer, et fiist de la à Florence, àdessain (1(! travailler pour y gagner sa vie. Il prist logis dans une auberge ou il laissa ses ardes etses outils qui respondoit de sa despense, attendu qu'il avoit despensé le peu d'argent qu'il avoil ; mais il se trouva dans un grand embarras après avoir couru inhntilemeni ches tous les maistres de Florence qui luy refusèrent tous de l'emplov, ses messieurs ne voulant pas emploier les estrangers ; en sorte qu'il se vist comme au desespoir et sans aucune ressourse de pouvoir retirer se qu'il avoit laissé à son logis, pour pouvoir aler a Romme < hercber une meilleure fortune ; et comme il estoit dans celte grande extremitté. Dieu pcrmist, estant tout esploré, qu'il vist dans une petite boutique un vieux bon homme sculpteur quy faisoit des petits ornemens en bois, qui n'avoit point ausy d'ouvrage à luy donner. Il luy conta, les larmes aux yeux, la grande pêne ou il se trouvoit, en sorte que se bon homme enfust toché, prit un petit manteau noir à l'usage do Florense et le mena chés l'esculpteur du Grau Ducq qui ne tenoit pas de boutique, et (ist si bien qu'il dit au bon honnne de le mener a son maistre compagnon quy estoit au haut d'un pavillon, que y travailloit ledit maistre compagnon, qui le regarda avec mespris, luy donna pour se moquer de luv a faire un