‹ Pierre PugétChapitre 63 sur 232 · LOUVOIS ET PUGET · texte numérisé non relu

LOUVOIS ET PUGET

Il lui écrivait le 16 septembre, dix jours après la mort de son prédécesseur :

Le Rov in'ayant fait l'honneur ilo nie donner la charge de surintendant des bastinients, je vous prie de me mander si vous n'avez point des ordres de faire des statues pour le Roy, et, en cas que vous en ayez, de me mander en quel état elles sont.

Le 2 octobre suivant, le même ministre, écrivant à Yauvré, revient sur ce sujet qui lui tenait à cœur, et, cette fois, il entre dans de plus grands détails :

J'ai veu la statue roprésentant un Milon que le S' Puget a faite, qui m"a paru fort belle ; je vous prie de faire que le bas-relief représentant un Alexandre qui va trouver Diogène dans son tonneau ne soit pas plus avancé jusques à nouvel ordre, et cependant de ni'envoyer un mémoire des dimentions que Ton prelendoit donner audit bas relief et un dessein de ce qu'il dcvoit représenter.

Je vous prie de savoir ce que ledit S' Puget veut de la statue qu'il achevé représentant une Andromède enlevée par Porsée, de me mander le temps qu'elle pourra être achevée, de m'en envoyer une esquice avec les dimentions justes et cependant de lui donner ordre de ne s'en point deffaire que vous n'ayez eu de mes nouvelles.

Je prendray ires volontiers pour les bastinients du Roy tout ce que féru ledit S' Puget pourvu qu'il soit de la force du Milon.

Je vous prie de scavoir de luy ce qu'il pourroit entreprendre et en combien de temps, et à quel prix il pourroit livrer chaque ouvrage qu'il proposera de faire, voulant bien luy en laisser le choix.

Mandez moy aussy quel est son aage et s'il y a apparence qu'il puisse encore travailler longtemps. Je vous prie d'avertir ledit S' Puget que je ne désire point de piedz d'oslaux de marbre, tous ceux de Versailles n'estant que de pierre.

Si je ne jugois pas a projios de prendre le bas relief dont il est parlé cy dessus, je fais estât que les quinze cents livres, que le S' Puget a receu a compte de cet ouvrage, seroycnt autant de payez sur l'Andromède.

im PIERRE PUGET.

Uiicl bicnfiiil jxxir I'iig(;l que dos lollrcs scinl)lal)l('S ! Comme il diil héiiir le successeur <k; Colher! ! Lui, jusqu'alors réduit à vaalcr ses propres mériles, se voir compris du premier coup ! Au lieu de s'épuiser en sollicilalions sans résultai, voir un ministre faire les avances ! 11 n'en l'allait pas (anl. C'était la goutte d'huile sur le feu bouillant du génie. Aussi ce génie s'enflamme. Des rêves gigantesques brillent devant ses yeux comme des réalités. Il répond lui-même à Louvois, non point [)ar une lettre, mais par un long mémoire où il s'abandonne à cœur ouvert. Je reproduis, d'après le P. Bougerel, cette pièce importante. Sous le poids de l'émotion qui l'agite, Puget devient éloquent, il trouve des accents sublimes, tels que la fomeuse phrase par laquelle il s'est peint tout entier : «Le marbre tremble devant moi ! »

Je me suis remis, Monseigneur, après mon grouppe de l'enlèvement d'Andromède par Persée, dont j'enverrai bientôt le dessein. J'espère que cet ouvrage sera plus beau, et plus agréé que celui de Milon; la pièce de marbre est sans aucun défaut, et blanche comme la neige. J'y ai travaillé en divers temps cinq ans, y comprenant le modèle que j'ai fait aussi grand que le marbre : je pense, Monseigneur, qu'elle sera achevée vers le mois de Mars. Cette pièce a dix pieds et demi de hauteur : Persée est presque aussi grand que le Milon, et l'Andromède à proportion.

Le bas-relief de Diogene a 9 pieds de largeur, 12 de hauteur, et 9 pouces de grosseur. Le marbre est très beau, et l'ouvrage est à deux tiers fait et dressé dans l'atelier. Diogene est à l'embouchure de son tonneau, assis tenant en sa jnain un rouleau de papier. Sa lanterne, et sou bàlon sont à côté. Alexandre est à cheval, accompagné de quelques Officiers aussi à cheval, dont l'un tient

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