‹ Pierre PugétChapitre 67 sur 232 · PUGET ET LA NUDITÉ · texte numérisé non relu

PUGET ET LA NUDITÉ

l'attiraient plus que les grâces voluptueuses de la femme. Sans partager au même degré cette sublime indifférence, David (d'Angers) et Eugène Delacroix ont donné un exemple analogue. Rarement ils ont déshabillé la femme pour le plaisir de montrer ses charmes nus. Le sensualisme de leur génie se dépensait plutôt, comme celui de Puget, dans l'expression d'un drame vivant qui, après tout, et quoi qu'on en dise, agit plus fortement sur l'âme que ne le font les séductions de la chair.

La lettre écrite par Louvois, le 25 mai, au reçu de V Andromède, parlait d'un autre groupe à exécuter en pendant au Milon. On peut imaginer avec quelle joie Puget accueillit cette commande. Il se hâta de remercier le ministre, en le priant de préciser ce qu'on attendait de lui; et Louvois répondit le 17 juillet :

J'ay rcceu vostre lettre du 28" du mois passé qui ne désire de réponse que pour vous dire qu'il suffira que le groupe que vous faites soit travaillé sur trois faces.

Quel devrait être le sujet de cette troisième composition? Nous l'ignorons, et Puget n'en savait rieu lui-même. Sauf V Andromède dont le modèle fut préparé de la grandeur du groupe, il n'entrait pas dans les habitudes de travail du grand artiste d'épuiser sa verve sur un modèle en terre. Une petite maquette recevait son premier jet. Pour l'inspirer véritablement il lui fallait le marbre. Puget s'em-

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pressa donc d'en dcmandei- à Carrare, cl li! jdacel de 1692 nous apprend (pi'on lui envoya un inagniliqnc bloc de 800 pesani, (]iii ne coûtait ])as moins de 8,000 livres d'achat et 1,500 livres de port. Mais (piand il arriva, Louvois n'existait plus. Avec lui avait disparu la commande. Cette fameuse j)ièce de marbre, à laquelle l'artiste ne voulait pas loucher à moins d'avoir la certitude de rentrer dans ses débours, demeura chez lui jusqu'à sa mort comme un perpétuel sujet d'inquiétude et de réclamations inutiles. Puget disparut. à son tour, sans avoir réussi à en tirer un nouveau chef-d'œuvre.

En attendant, il s'était remis au bas-relief d'^lexandre et Diogène. Avant d'entreprendre une œuvre nouvelle, il fallait achever celle-là, commencée depuis quatre ans, et surtout la faire accepter. 11 ne paraît pas que Louvois en eût grande envie. On préférait pour Versailles des statues et des groupes, propres à orner les jardins. Où placer une grande page de marlire de dix pieds de haut? Et cependant, le génie mixte de Puget s'accommodait peut-être mieux du bas-relief que de la rondebosse. Il y trouvait un compromis entre la sculpture et la peinture. Il pouvait y jeter un plus grand nombre d'idées et s'abandonner aux caprices de son goût décoratif. Le bas-relief d'Alexandre resta longtemps encore sur le chantier, où nous le retrouverons plus tard, et l'œuvre suprême qui

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