TRAVAUX DIVERS
lui succéda lui encore un Ijas-reliel', la Peste de Milan.
Dans i'entrc-lcmps de ces grandes machines, il dut sortir, et il sortit en effet des mains de Puget quelques œuvres de moindre importance. Tel serait le bas- relief du Rarissement de sainte Madeleine sculpté contre un des piliers du maître-autel de l'église Saint-Sauveur h Aix. Une tradition constante le lui a attribué. Si on l'enlevait à Puget, ce serait pour le donner à Yeirier, son élève. Or, bien ([ue le voisinage d'une œuvre authentique de ce dernier atteste le mérite trop peu connu de l'élève, il y a dans le Ravissement des délicatesses dont on ne peut faire honneur qu'au maître. Au milieu d'un paysage qui rappelle les vertes solitudes de la Sainte-Baume, on voit Madeleine s'enlever doucement, soutenue par deux anges enfants, ou plutôt aspirée par un rayon d'amour que lui jette le ciel. Un des deux messagers divins élève en l'air un petit vase plein des larmes de la belle pénitente. Un troisième touche de ses petites mains la tèlc de mort sur laquelle elle a pleuré. Au second plan, à demi cachés par les rochers et les arbres, deux an-
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ges atlok'sceiils cojilriii|»lciil d'iiii œil mcdilnfif ce grand miracle de repentir et d'amour. L'un a passe son bras au cou de l'autre ; il semble lui demander quelles so^t donc ces fautes qu'il IViiil jtleurer si longtemps. L'horreur instinctive du mal, l'ignorance, la pitié, la chasteté native, nuances délicates d'un sentiment deviné par un cœur chrétien, animent les deux })hysionomies, et la main, obéissant à la pensée, a prodigué aux deux personnages toutes les suavités du dessin, toutes les élégances de la draperie, tous les charmes de l'exécution la plus fine. A part la tête de la sainte, qui est belle et pure, à part le tripotage toujours exquis des chairs enfantines, c'est dans le groupe des deux anges adolescents que réside la valeur du bas-relief de Saint-Sauveur, tes draperies de Madeleine, découpées en plis trop minces, jettent un fatras pittoresque au milieu de cette page poétique, où l'âme de Puget nous apparaît une fois de plus tout imprégnée de chasteté et de tendresse.
Tel serait encore le groupe de VAssomptmi que l'on a pu voir naguères à Paris, chez un marchand de musique de la Chaussée- d'Antin. Une figure de lemme drapée, des anges, des nuages, les éléments sont les mêmes, mais la composition les a variés. La vierge Marie croise ses mains devant sa poitrine ; agenouillée sur les nuages où se jouent deux chérubins, elle monte vers le ciel, accompa^
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gnée de deux anges , dont l'un s'élance à travers l'espace pour la soutenir. Ce groupe orna longtemps la chapelle du château de Saint-Martin de Paillères, près de Maiseille. Il y a environ vingtcinq ans, h la suile d'un partage, l'héritier auquel il cchulr s'empressa de l'attribuer à Puget, ce qui lui valut un procès qu'il gagna. V Assomption fut alors offerte au Musée de Marseille, puis au Louvre, sans que ni Paris ni Marseille consentît à en donner les cent mille francs qu'on demandait : le directeur du Musée de Marseille obtint du moins les fonds nécessaires pour faire exécuter un moulage qu'on y conserve encore aujourd'hui. Le Père Bougerel, dans les notes qui lui servaient à préparer une vie de Veirier restée manuscrite, cite V Assomption de saint Martin de Paillièrcs comme une de ses œuvres « mais exécutée d'après la composition de Puget, » M. de Chennevières va plus loin : «Je crois sincèrement, dit-il, que ce groupe a reçu, sinon en toutes ses parties, du moins en beaucoup de ses ligures, la touche et la beauté du ciseau de Puget.' Les plus belles œuvres de Yeirier ne le montrent ni aussi pur ni aussi lin. » Un examen attentif confirme la vérité de lune et l'autre appréciation. Avec Bougerel, j'admets (|ue Veirier s'est servi d'un dessin du maître, et ce dessin pourait bien être celui de la première Assomption, ([uc Puget exécuta en bas-relief pour le duc de Maiiloue : car
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certaines pallies du groiijie, el nolainmcnl le })clit ange dont le corps suspendu forme une soile de pont entre les nuages et la Vierge, conviendraient mieux à un bas-relief, (pTà un ouvrage de rondebosse. Avec M. de Chennevières, je reconnais deux parts dans l'exécution, l'une plus matérielle, plus terre à terre; l'autre plus magistrale, plus inspirée. L'ouvrier a traité de son mieux les cbeveux, les oreilles, les draperies, les nuages; le maître est venu ensuite, et son esprit, pénétrant le marbre, l'a animé d'une force d'expression peu commune : il a fait vivre, non-seulement le visage de la Vierge, mais ses mains, et son pied, et l'un des deux chérubins, et l'ange placé à gauche. Il semble que Puget, satisfait de l'œuvre de son praticien, a voulu se l'approprier par de savantes retouches.
Au surplus, si l'on compare V Assomption aux Anges enfants du Louvre, placés sans hésitation par le catalogue sous le nom de Puget , on comprendra la distance qui sépare ces deux ouvrages. Dans ce groupe enfantin , exécuté pour le tabernacle des Minimes de Toulon , on retrouve les trous et les évidements par lesquels se caractérise à mes yeux le travail de Veirier. C'est qu'en effet Veirier seul en est l'auteur. Alexandre Lenoir, lorsqu'il organisa le Musée des monuments français, attribua cet ouvrage à Puget, et l'attribution a été jusqu'aujourd'hui acceptée sans conteste. Qui donc