‹ Pierre PugétChapitre 69 sur 232 · DESSINS DE VAISSEAUX · texte numérisé non relu

DESSINS DE VAISSEAUX

connaît Christophe Veirier? quel Musée se soucie de SCS œuvres? Et cependant, Bougerel, dans sa vie manuscrite de Yeirier, nomme tormellement parmi les œuvres de cet artiste le maitre-autel des Minimes de Toulon. L'histoire s'accorde avec les caractères Yisil)les de l'œuvre pour rendre à Yeirier les Anges enfants du Louvre, comme la tradition s'accorde avec la vraisemblance pour restituer à Puget la plus grande part du groupe de V Assomption.

D'un autre côlé, l'arsenal de Toulon n'avait pas complètement rompu la chaîne de Tartiste transfuge. En 1681, Duquesne ayant demandé des dessins de vaisseaux, c'est à Puget qu'on s'adressa. 11 en lit d'autres en 1685 pour le chevalier de Tourville. Il s'agissait de réaliser l'idée émise par Puget lui-môme, dès son entrée à l'arsenal de Toulon, c'est-à-dire de déterminer certains modèles, types ou poncifs, que l'on enverrait dans les différents ports du royaume, a pour fixer à l'advenir les ornemens de la poupe et de l'éperon, en sorte que l'on puisse oster tous ceux qui sont superflus, qui ont chargé jusques à présent inutilement les vaisseaux, qui les ont empesché de bien naviguer. » iVinsi s'exprimait le ministre de la marine, Seignelai, digne successeur de Colbert. Le dessin de la poupe du Rubis. que possède M. de Chennevières, donne uue juste idée du modèle adopté alors comme le dernier mot

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de la n'ioime. La sciilpliirc a enlirromcnl disparu, sauf deux ou trois mascarons; rarchilcclurc fait lous les frais du décor. Mais Puget, qui avait pris goût à l)àtir, n'atlachail plus à sou lalout de sculpteur la même importance. Il s'intitulait ingénieur du roi, et on l'aurait comblé d'aise si on l'avait laissé construire un vaisseau sans même lui jicrmettre de le décorer.

C'est là l'originalité de Puget dans l'école trançaise. Comme les grands artistes de l'Italie, il possédait la plénitude des dons de l'art. A l'exemple de Léonard de Vinci et de Michel-Ange, il pouvait se qnalilier ingénieur, c'est-à-dire homme qui fait profession de génie. Pas plus que Léonard de Vinci ou Michel-Ange, il ne séparait la peinture, la sculpture, l'architecture, ces Irois sœurs, devenues pp4ir nous des spécialités jalouses. Il n'y voyait que les cananx d'une même pensée, les instrumenis dociles dont la même main devait savoirsesiM'vir tour à tour. Dans sa maison de Toulon, tout est de lui, la construction, l'ordre général de l'architecture, la forme des chapiteaux, les ornements des piiaslres, le mascaron sculpté au-dessus do, la porle d'entrée : pour

AITRES OUVRAGES 5ir.

l'inlérieur, il retrouva sa vieille palette et peignit un plafond représentant les Parques. A quelques pas de là, il jetait sur le fronton d'une porte de la maison d'Entrecliaus deux jeunes lions rampants, caprice de pierre échappé à sa main prodii;ue. Puis il allait à Aix donner aux Laurans, seigneurs de Peyrolles, les plans de leur hôtel, et tracer, pour le jurisconsulte Saurin, le dessin de sa maison de campagne de Roche-Fontaine. Bien plus, aucune des applications matérielles des arts ne lui demeura étrangère. Il avait déhuté par la sculpture en hois. A Gênes, il aida Carlone dans les fresques du dôme des Théatins, il fondit les bronzes dorés de l'autel de Saint-Cyr. A Avignon, le trésor de la cathédrale conserve un petit Christ à la colonne, en argent, précieux ouvrage du même ciseau qui faisait trembler le marbre du Milan. L'hôtel de ville de Manosque possède la tôle, également en argent, de Gérard Tenque, le fondateur des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et c'est à Puget qu'on l'attribue. A Marseille, il existe des chenets en fonte de fer, qui portent l'empreinte de son pouce viril. Parcourez ses dessins, dont j'ai cherché à dresser le catalogue, vous le verrez tour à tour paysagiste et ingénieur, niodcleiir d'ornements ou peintre d'histoire, menuisier, architecte, marbrier, peintre de marines, c'est-à-dire ordonnalCur savant des formes diverses dont l'art dispose et des ma-

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liùrcs qiuî la iialiiic lui soumet. Il y avait, à la dtTiiièro ex|)osili(tii de ri'nion centrale, un |)iojeL de fonlainc irnagin(' par Piig^ct jkhii- M, d'Albcrlas. Deux dessins analogues, mais l)eauf:ou|) plus iniporlanls, liguraient à la vcnh'Pujol, en mars iSCi. La vente Desperet (juin 1805) en comprenait un autre, dont le Magann piUoresffiœ avait déjà pn- ]»lié la gravure. Aucune de ces quatre fontaines ne se ressemble. Ici, une statue de Fleuve, mélancoliquement assise aux pieds de riches colonnes, là un Hercule ouvrant passage aux eaux ; ailleurs, devant un large portique, la figure d'une ville maritime, portée sur un navire à bord duquel deux pêcheurs retirent leurs filets. Dans ces compositions, comme dans le projet de maître-autel de la collection Atger à Montpellier, comme dans les poupes de vaisseaux que j'ai décrites, le génie multiple de Puget se déploie à l'aise, avec une fécondité que rien n'arrête. Elles offrent toujours un aspect magnifique, une abondance d'inventions neuves, une science des formes humaines, une recherche du détail, qui font autant d'honneur au sculpteur qu'à l'architecte, et l'exéculion du lavis est celle d'un peintre. Ce grand goût d'idéal, qui a inspiré les fontaines de Puget, les rendait presque impossibles. Peutêtre celle dont M. d'Alberlas demanda le dessin a-t-elle décoré ses jardins de Gémenos. Quant aux au 1res, on en chercherai I en vain la trace, en Pro-

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