SIXIÈME PARTIE LOUIS XIV ET PUGET
A l'époque on nous sommes parvenus, la vie de Puget présente un beau spectacle. En dépit des diflîcullés de la route, le but est atteint. Le travail a vaincu, le génie s'impose, l'artiste a conquis la gloire, et, par un singulier privilège, il règne sans conteste dans son pays natal. Cet ouvrier en bois qui partit sur une felouque pour aller chercber de l'ouvrage en Italie, ce peintre que les prieurs de confréries tarifaient au plus bas, cet homme qu'une sotte aventure chassa de Gênes et qui se retira de l'arsenal de Toulon devant les empiétements de l'esprit positif, c'est aujourd'hui le grand Puget. Tant de luttes n'ont servi qu'à le grandir. Tant de déboires n'ont abouti (ju'à lui faire un piédestal du
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liaul duquel il plane sur la Provence pleine ào ses œuvres. Bien plus, le Milon et VAndromède onl étendu son auréole jusqu'à Versailles. Reconnu par la cour, loué par le Roi, Puget compte désormais parmi les artistes dont la France s'honore.
C'est alors que l'ironie de sa destinée l'arrache à son triomphe, et, en le leurrant d'une gloire suprême, vient verser dans son cœur une dernière amertume.
L'occasion cependant paraissait ftworable entre toutes. On était en 1685, l'année de la révocation de l'édit de Nantes. Le coup d'État du 20 octobre, si sévèrement jugé par l'histoire, retentit en France comme un signal. Partout les arts s'éveillèrent pour en glorifier l'auteur. Partout sortaient de terre les statues triomphales. Quelle plus belle matière offerte au génie de Puget que l'apothéose de celte Majesté royale qui personnifiait à ses yeux la patrie, et qu'il était si fier de servir? Louis le Grand modèle du grand Puget ! heure solennelle qui rapprochait l'un de l'autre le souverain et l'artiste, tous deux à l'apogée de leur gloire !
Déjà le duc de la Feuillade avait entrepris, à ses frais, d'élever, en l'honneur du roi, le monument de la place des Victoires, inauguré seulement en 1686, Mais cet hommage ne pouvait suffire. Une statue pédestre se prête mal à l'apothéose. D'ailleurs, l'inscription Vu;o niMor.TAîT rch'guail encoi-e
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Louis XIV, sinon parmi l(^s morlels, au moins parmi les hommes. Le moment arrivait de faire de lui un lu'ros, presrpie un dieu. Après lanL de conquêtes il lui manquait un litre, celui de vainqueur de riicrésie. Les événements accomplis à l'intérieur, de 1081 à 1685, ajoutèrent h sa couronne ce prestige sanglant et mirent le sceau à la puissance royale. Un monarque qui osait les dragonnades donnait la mesure de sa force. Or, le culte de la force a ses fidèles qui ne marchandent pas les autels. La France entière adora. Partout, dans les provinces, il y eut une explosion de zèle, h qui fêlerait le plus vite et le mieux ce que l'on nommerail aujourd'hui le triomphe du principe d'autorité.
A défaut d'autels, ce fut comme un mot d'ordre d'ériger au roi des statues triomphales. Les états de Bretagne assemblés à Dinan au mois d'août 1685, prirent les devants. Ils décidèrent qu'une statue équestre de Louis XIV serait élevée en telle ville qu'il plairait à Sa Majesté de choisir. Le roi désigna Nantes, et sa réponse nous apprend que la proposition adoptée par les états avait pour auteurs le duc de la Trémouille et l'évêque de Saint-Malo. La Bourgogne suivit cet exemple, pressée par M. le Prince, gouverneur de Dijon. Lyon ne devait pas tarder à faire de même. Enfin, au mois de novembre, la petite ville de Lambcsc vit se n'unir l'assemblée