‹ Pierre PugétChapitre 89 sur 232 · MAISON D!E TOULON · texte numérisé non relu

MAISON D!E TOULON

livres,»... etc. Mais Puget, « neveu d'alliance duclit sieur Anlhelme, » forme instance par-devant M. le juge « pour estre resseu a retenir la dicte maison par retraict linagier; >:> il jusiifie de ses droits, il remplit les conditions de la vente, et il est déclaré propriétaire. C'est sur cet emplacement que Puget se hàlit à lui-même la maison actuelle, qu'il estimait dans son inventaire au chiffre déjà très-élevé de '29,000 livres et qui représente certainement aujourd'hui une valeur de 100,000 francs. Elle se compose de trois étages et d'un entre-sol sur rez-dechaussée, avec trois croisées de façade sur une rue et cinq sur l'autre. L'ordre inférieur est rustique. Des pilastres corinthiens, au fût orné d'arabesques et cannelé vers la base, supportent une large corniche au-dessus du deuxième étage. Le troisième forme attique. La plus petite façade est ornée, au premier étage, d'une grande fenêtre à balcon, surmontée d'un médaillon qui semble attendre une sculpture. Sur l'autre façade, la porte d'entrée a pour clef de voûte un mascaron barbu en tête de More, et la fenêtre qui devait s'élever au-dessus a fait place à une niche où s'encadre la fameuse colonnctte ionique à fût renflé que Puget voulait placer partout. A l'iulérieur régnait un vaste salon, assez vaste pour servir aujourd'hui de chapelle au culte protestant, et décoré d'un plafond magnifique. Puget avait iiguré aux angles, parmi des enroule-

20i PIEP.RE PLGET,

nionls (le fcuillngcs, les atlri])iits dos Arts; au centre, sur une toile encadrée d'inie bordure ovale, il avait peint les Parques, tableau d'une belle ordonnance et d'un coloris brillaiil. La maison subsiste ; mais le tableau a péri, victime de l'ignorance. Sous la révolution, on l'enleva de sa place et on le transporta au palais épiscopal, où les malheureux prisonniers de la Terreur s'en servirent comme d'un matelas et d'une couverture. Rendu ensuite à son propriétaire et roulé sans précaution autour d'une vergue, il finit par tomber en écailles.

Les mêmes liens de famille qui avaient donné à Pugel un oncle et un terrain à bâtir, lui donnèrent un jardin aux environs de Toulon, dans ce pays privilégié que l'on nomme Ollioules. L'oranger y pousse en pleine terre, abri lé des vents du Nord par des gorges effroyables. Je n'ai pu retrouver k Ollioules l'emplacement du jardin de Puget ; mais l'église paroissiale conserve de lui une œuvre précieuse qu'aucun historien n'a connue. C'est une statue de marbre blanc re))résentant un adolescent assis, les jambes croisées, les bras étendus sur ses genoux où ils supportent une vasque. La régularité symétrique de la pose lui prête un charme singulier. L'ensemble est jeune et fin; les articulations, le poignet droit et les chevilles, sont d'une délicatesse exquise. Le bras gauche a été refait, et le bout du nez cassé. La physionomie n'eu a pas moins un

Page 1