DERMI'RE LET|TRIE DE PUGET
Mesii'ur,
Le Roy en prenant congé d<' Sa Majesté me coniancla de continuer de travniler pour lui — sependant que jattendis mes grosses piesses. — Je me suis ocupé a un bas relief dun sainct Cliarle qui asiste a une peste qui ests une des meileur chose que jaye faict, je vous suplie de me scavoir dire sy je le puis destiner pour le Roy. Il a 4 pieds de largeur pour 5 pieds 4 pousse d'hauteur. Mons, Copel vous pourra dire ce qu'il est, il a esté chez nous le voir.
Vostre très unble et très obeisant seruiteur.
P. PUCET.
A Marseillfi, ce 16 janvier 1691.
Deux mois api'ès, nouvelle lettre, plus pressante et plus explicite. C'est la dernière que nous connaissions de Puget. Elle prouve qu'à cette date, 1694, le has-reWeï à' Alexandre et Diogène n'était pas encore parti. Ainsi, la réclamation de l'année précédente, au sujet du mode de transport, avait obtenu gain de cause. Cette lettre a été reproduite en fac-similé dans V Iconographie de Delpecli. On y remarquera un mot bizarre, évidemment altéré par la transcription : fotrer ou foker, dont le sens paraît dérivé du latin fovere. Quant au mot crostreux, de l'italien crostoso, il désigne sans doute un lépreux.
Monsieur,
Vous lesinoignant mes plus profons rcspels je vous diray Monsieur, que depuis peut de jours sont venus che nous deux Conseillers du parlement d'Aixen compaignie de deux abbes d'Avignon aiani veu mon bas relief de sainct Charles fini on voulu scauoir si je nien voulois acomoder et traité du pris je nien suis escuser pour le présent, mais qu'en peut de jours gy don-ierois responce.
II ma samble cstre très bien de mon dcuoir Monsieur de vous
508 l'IKHl'.E l'L'GET.
coiiiiimni(|iicr cet afairc piiis((iic st'lon les volonles du Roy se!a regarde vostrc iiiinislerc et corne Sa Majesté setant salisfaitt do louiirage de Icsialiie du Milon me fil urdoiiiier par Mous, le marquis de Louuois que tous autant douurage que je pourois faire Sa Majesté le pandroit quel subjet quil peut estre et me parlant de la court et prenant congé de Sa Majesté me réitéra la mesme [lancee et en présence de M. le marcclial de Lorgeme dict ces inesincsjiarolles aies M. Pugct et travailes lousiour pour moy et me faictes de belles clioses corne vous scaues faire. Ainsy il est de mon deuoir de foluer la pancc de SaMajeste et de vous rendre compte de ce qui ce passe. Ce bas relief a 65 pousse docteur et quarante septe de largeur. Le subiet aunSaincl Charles au milieu de pestiférés en coinpaignie de Sainct Charles a sa suite est un prêtre qui porte la crois ei un autre prêtre qui porte le sainct Siboire au bas duquel il y a un crostreiix qui traine un pestiféré. Le sainct joint les maints au siel au deuant duquel il a une famé a lagonie et son perre qui est proche de la la recomande au sainct. Un petit anfan moran est a cote de sa mère. On estime beaucoup se sujet. Il y a une gloire dum petit ange qui tient un crois a compaigne de quelque chérubin. Sur le derier du tableau il y a un lit dans lequel y a couche un cadaure et sa famé auprès quelle fait des alamantalions. Tout le reste du fon est acompaigné darchilecture. Le marbre est très beau. Les principales lîgure sont a deux tiers de relief. Son pris est de six mil livres. Gy suis este ocupé pandent deux années. Vous aures la bonté Monsieur de communiquer ce peti afaire au Roy puisque je suis très asuré que Sa Majesté y prandra plesir et si Ion me paie ce ouurnge je vous pomet M que je le feray porter a Versaillc ensemblement auec le bas relief à' Ale.randre et Diogcne et le Roy en donnera ce quil y sera agréable du fraicts des voitures ou Ion ce poura pomelre qua point nomé ces ouurages seront en cour sans aucun risque nidenger. Je prie Nostre- Seigneur quil vous conserve, et suis auec beaucoup de respects
Monsieur
Vostre très humble et très obeisant serviteur.