DERNIÈRE ŒUVRE DE PUGET. ÔOO
la communication de « ce petit affaire, » car la Peste (le Milan ne suivit pas à Paris le bas-relief d'Alexandre et Diogène. Le sujet n'avait rien de séduisant. Versailles en eût frémi d'horreur. Hélas ! comment se douter que c'était là une page prophétique? Quel secret instinct avait poussé l'artiste marseillais à représenter le lugubre spectacle du fléau qui devait ravager Marseille moins de trente ans après? Le bas-relief de Puget semble la préface do la peste de 1720.
Mieux encore que V Alexandre, la Peste de Milan fait ressortir les défauts de la sculpture pittoresque. La perspective perce le marbre. Les plans se superposent en hauteur et en profondeur. Gomme les vieillards aiment <à répéter les chansons qui berçaient leur enft\nce, chez l'artiste septuagénaire le vieux regain du peintre a fermenté. Il a vu le tableau se composer devant ses yeux, et il l'a peint en marbre. La modernité du sujet lui offrait l'attrait d'une complication nouvelle. Il n'a pas hésité à revêtir saint Charles de la mosette et du rochet. Loin de vouloir simplifier le costume pour le rendre plus sculptural, il l'a traité en réaliste et en coloriste, s'efforçant d'indiquer par l'exécution les différences de la laine, de la mousseline et de la soie. Cependant on voit qu'il a cherché de belles parties de nu. Sauf le groupe du saint et de ses acolytes, il a volontiers déshabillé ses personnages, ou bien
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il 110, l(Mir a laissé qu'une diapeiie de fantaisie.
Ce qui sauve la Pesle de Milan^ en dépit des critiques légitimes auxquelles elle doit donner lieu, c'est le grand souftle draniati(jne qu'on y sent frémir. L'horreur de la mort est partout. Sur le devant, une jambe en saillie, seul indice du corps traîné par le CroHrenx, produit le môme effet sinistre que le grand cadavre du premier plan dans le Naufrage de la Méduse. Puis vient une femme mourante, et au fond un cadavre tordu sous l'étreinte de la douleur. Le désordre des lignes ajoute au pathétique. Et cependant ces lignes diverses, savamment combinées, se ramènent à deux directions piincipales qui convergent vers le saint, seul espoir de la terre contre les cbâtiments du ciel. Le saint évêque prie, et son visage, animé par la foi, la compassion, la charité, résume tout le drame.
Dans celte œuvre suprême, Puget a mis ce qu'il regardait comme ses qualités les meilleures : la puissance de l'expression douloureuse et la science de l'exécution poussée jusqu'au dernier fini. On reste confondu quand on pense que le torse du Crostreux^ la jambe du mort, les mains de saintCharles, la gorge de la femme mourante, tous ces morceaux de nu si énergiquement accusés sont l'ouvrage d'un vieillard de soixante et douze ans. Non-seulement il fallait que la main eût conservé une force extraordinaire, mais il fallait qu'une Ame singuliè-