Janos, 1902, p
3. Société syndicale des Pharmaciens de la Côte-d'Or. Bulletin n° 24. Dijon, 1903, p. 93 et 114. — Deuxarrêts du Parlement réglementant la pharmacie au XVI e siècle, publiés par le D 1 ' Paul Dorveaux. Dijon, 1906, p. 7 et 26.
Je m’abstiendrai de qualifier le procédé de M, Stein, et je répéterai le chant virgilien, qui est toujours d’actualité :
Sic vos non vobis nidiûcatis, aves ;
Sic vos non vobis, etc.
Sachant que je préparais sur Pierre Quthe une note qui allait paraître incessamment, M. Stein a si bien agi qu’aujourd’hui j’ai l’air d’être son plagiaire, et je vais, passer pour tel auprès des personnes qui ne me connaissent point.
Cette question vidée, revenons à notre apothicaire.
Son nom a été écrit de différentes façons : Cuth, Cuthe , Cutte, Qute , Qutes , etc, ; mais la véritable orthographe est Quthe, ainsi qu’on peut le voir dans le fac-similé suivant 1 2 .
Quant à la date de sa naissance, nous l’ignorerions encore sans le tableau de Clouet.. Si Pierre Quthe avait quarante-trois ans en 1562, c’est donc qu’il est né en 1519, Il vécut pendant une des époques "les plus troublées de l’histoire de France (règnes de François I er , Henri II, François II, Charles IX et Henri III).
Reçu maître apothicaire et épicier à Paris, il s’y établit rue Sainte- Avoye, c’est-à-dire dans cette partie de la rue du Temple qui comprend le passage Sainte-Avoye et l’impasse Sainte-Avoye : c’était au xvi e siècle un quartier aristocratique, rempli de superbes hôtels habités par les plus hauts personnages du royaume. On y remarquaitl’hôtel de Mesmes, fréquenté par Henri II, qui finit par y séjourner quelque temps; ce qui fit donner à cette demeure le nom de logis du Roy*.
Pierre Quthe avait la clientèle des maisons princières qui l’entouraient; il avait aussi celle de son voisin, François Clouet, dit Janet, peintre et valet de chambre du roi, qui demeurait rue Sainte-Avoye 3 .
1. Ce fac-similé reproduit la signature de Pierre Quthe, apposée au bas du folio 153 verso du registre 7 des archives des apothicaires de Paris. On en trouve une autre au bas du folio 154 verso du même registre.
2. Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris, par Félix Lazare et Louis Lazare. 2 e édition. Paris, 1855, p. 182 et 721. — Nouveau Dictionnaire historique de Paris, par Gustave Pessard. Paris, 1904, p. 1404 et 1483.
3. Les Clouet et Corneille de Lyon, par Henri Bouchot^ Paris, 1892, p. 18. — Les
Il était non seulement un apothicaire fortuné, qui se plaisait à cultiver les plantes médicinales nouvellement importées d’Amérique, Pierre Qothe était, de plus, un homme d’un commerce sûr et agréable; aussi avait-il de nombreux amis : et d’ab.ord le peintre François Ci.ouct, qui, par son magnifique portrait, l’a rendu immortel ; puis le médecin Jean Liébault, gendre du savant Charles Estienne, qui lui a consacré les lignes suivantes dans l’édition de 1'Agriculture et maison rustique publiée à Paris en 1878 1 : « Pour avoir plus grande asseurance de tout cela [la plante produisant là racine de Méchoacan *, qui, en 1578, était une haute nouveauté], lu la pourras visiter ès jardins médicinaux 3 de messieurs, maistre Nicole Rasse, le docte et bien expérimenté chirurgien, et Pierre Cuthe (siê), le sçavant et soingneux apoticarre, qui tous deux, à Paris, ont enrichi notre France d’une infinité 1 de simples rares, exquis et douez de singulières vertuz 4 » ; enfin le médecin Adrien Le Tartier, qui lui dédia le chapitre xlii de ses Promenades printa-
.Clouet, par ‘Alphonse Germain. Paris, 1906, p. 52. -Les Cio net, par Étienne Moreau- Nblaton. Paris, 1908, p. 49 et 50.
1. U Agriculture et maison rustique de Charles Estienne a paru pour la première
fois a Pans, en 1564, peu de temps après la mort de son auteur. Ce livre, « parachevé et augmente » en 1570 par Jean Liébault, a été constamment réimprimé pendant près d un siecle et demi; de plus, il a été traduit en allemand, en anglais en flamand, en italien, etc. °
2. La racine de Méchoacan a été ainsi nommée parce qu’elle est originaire de la
province de Méchoacan, dans le Mexique. Jacques Gohory a fait connaître la plante qm la produit, par son petit livre intitulé; : Instruction sur : lherbe :petumditte en France. 1 .herbe de la Royne ou Médicëe.: et sur la racine Meehioean (sic) principalement (avec quelques autres simples rares et exquis) exemplaire à manier philosophiquement tous autres végétaux, par I. G. P.'[Jacques Gohory, parisien], A Pari** par Galiot du Pre, 1572. La seconde partie de ce petit livre a un litre spécial, ainsi copeu : Seconde partie, contenant un brief traitté de la racine Méchoacan, vernie de lEspagne nouvelle-médecine très-excellente du corps humain [blasonnée en. mainte rpgion la reubarbe des Indes), traduit d'espagnol en françois par I; G. P. [d’après - Nicolas Monardes]. . ' 1 -
H’S? t qUe r J” slruct i ion sur lherbe Pètom- eut paru,'J ean Liébault s’empressa d.a]outer a 7 Agriculture et maison rustique le chapitre du « Bref discours de la racine de Méchoacam » (sic). ■
^3. Dans la seconde moitié du xvu siècle, on comptait à Paris plusieurs « jardins médicinaux » : celui de Jean Chapelain, premier médecin du Roi, mort en 1569 au cean m', ^ amt ' Jeail ;. d An f ely ’ celm dé Jacques Gohory, sis au faubourg Saint-Mar- Sle T V ° y “ , Ch ° UX à fl6Ur d>0 “ g0Ust sellent, du petum masle et femelle et plusieurs autres rares simples »; celui -de Nicole Rasse, situé « vers le
Hotel 1 , 6 etc C6lU1 de PlERRE QüTHE; 16 “ jardiQ dèS simples ». fondé Par Nicolas
r Af:/ p a ! Sage “trouve dans l’édition de l'Agriculture et maison rustique de Charles Estienne et Jean Liébault, publiée à Paris en 1578 (fol. 121 r°) et dans toutes les éditions postérieures : il est tiré du Chapitre 49 du Livre II, intitulé :
éditions dp 0 TA S o raCme dC Méchoacam » («/«). lequel figure seulement dans les éditions de 1 Agriculture et maison rustique, postérieures à l’apparition de Ylnstruction sur lherbe petum , qui est de 1572.
Maître apothicaire de Paris, né en 1S19, mort après I088.
s une héliogravure publiée dans la Revue de l’Art ancien et moderne, numéro de juin 1908.
aières 1 , intitulé : « Que ceux se trompent qui pensent les drogues estre meilleures pour estre plus rares, précieuses et apportées de fort lointains païs. »
Les détails sur la vie de Pierre Qüthe sont peu abondants.Yoici ceux que j’ai trouvés dans divers ouvrages imprimés et dans les archives des apothicaires de Paris.
En février 1544, Pierre Quthe a vingt-cinq ans et il vient de s’établir rue Sainte-Avoye. Ayant besoin d’un apprenti, il fait entrer chez lui, comme tel, Claude Simon, âgé de seize ans, frère de Pierre Simon, étudiant à la Faculté de médecine de Paris. Dans le contrat d’apprentissage', résumé par M. Ernest Coyecque, il est dit que « Pierre Cüth (sic), épicier et apothicaire, bourgeois de Paris, fournira à Claude Simon le gîte et le couvert, et recevra 12 écus d’or soleil 2 ».
Une grosse querelle surgit, en 1556, dans la compagnie des apothicaires parisiens. Les jeunes maîtres, au nombre de dix-huit, ayant à leur tête François Grégoire et Nicolas Houel, intentent un procès aux anciens de la corporation à propos des nombreux abus commis par ceux-ci. Ce procès fut vidé par un arrêt du Parlement, en date du 29 juillet 1559 3 4 , lequel eut force de loi pendant plus d’un siècle. Dans cette affaire, Pierre Quthe figure avec les jeunes, aux côtés de François Grégoire et de Nicolas Houel. Trois ans plus tard, il se fait peindre par François Clouet.
Le 12 février 1577, « sire Pierre Qutes (sic), marchand apothicaire et épicier, demeurant rue Sainte-Avoye », est élu, pour un an, deuxième consul des marchands, en remplacement de Jean Grouin, marchand de vins et de poisson de mer, qui n’avait pas voulu accepter ladite charge. Le lendemain, le juge et les quatre consuls nouvellement élus sont « conduits et présentés par leurs prédécesseurs à la Cour de Parlement, où ils prêtent serment »; puis ils entendent la messe dans l’église de Saint-Médéric ; enfin, ils se rendent « en la salle judiciaire où ils tiennent l’audience ». A leur tour, ils conduisent leurs successeurs en la Cour de Parlement, pour y « faire et prêter serment », le 1 er février 1578 h
1. Les Promenades printanières de A. L. T. M. C. [Adrien Le Tartier, médecin champenois], A Paris, chez Guillaume Chaudière, 1586, fol. 115 r°. Le chapitre XLII de ce petit livre est dédié : « A Monsieur CVTTE, Maistre Apothicaire à Paris » ; et le suivant, « A Monsieur RASSE, docteur Chirurgien à Paris ». Adrien Le Tartier est mentionné dans le Premier volume de la Bibliothèque du sieur de La Croix du Maine (Paris, 1584, p. 474).
2. Histoire générale de Paris. Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVI e siècle, par Ernest Coyecque, t. I, p. 527, col. 1, (Paris, 1905).
3. Cet arrêt du Parlement a été publié dans l’ouvrage suivant, déjà cité : Deux arrêts du Parlement réglementant la Pharmacie au XVP siècle (Dijon, 1906).
4. La Juridiction consulaire de Paris,' 1563-1792, par G. Denière. Paris, 1872,
L'année suivante, un fils de Quthe, portant le même prénom que lui, était reçu maître apothicaire. Sa réception à la maîtrise est ainsi libellée : « Pierre Cutte (sic) le jeune a esté receu maistre appoticaire par chef dœuvre comme filz de maistre le qualriesme jour de juing 1579 \ »
A partir de cette date, Quthe père est appelé Pierre Quthe l'aîné , et le fils, Pierre Quthe le jeune.
En 1580, le 30 janvier, Pierre Quthe, « ancien consul », est un des deux scrutateurs désignés « pour l’élection d’un juge et quatre consuls des marchands 3 ».
Le 5 janvier 1583, il est élu garde apothicaire et épicier dans les conditions suivantes : « Lan mil cinq cens quatre vingtz troys, le einquiesme jour de janvier, feut faict élection de troys gardes appoticaires et espiciers, sçavoir : au lieu de sire Nicolas Gonnyer feut esleu le sire Pierre Cuthe (sic); au lieu de sire Jaques Guérin feut esleu le sire Nicolas Garnier, et au lieu du sire Marc Nicolas feut esleu le sire Simon Hémon juré apoticaire. Et fault sçavoir et entendre que l’election ne se peut faire le moys de décembre précédant comme estoit de coustume, parce que dudicl moys de décembre feut retranché dix jours par edict du Roy 3 .»
Par suite de la réforme grégorienne du calendrier, le mois de décembre 1582 venait d’être considérablement réduit, et, le lendemain du dimanche 9 décembre avait été, en France, le lundi 20 décembre. Pris de court pour les élections de leurs jurés et gardes, les marchands apothicaires et épiciers de Paris les avaient, contrairement à l’usage, effectuées, au commencement de janvier 1583. Les suivantes furent faites, selon la coutume, le 9 décembre de la même année. Le procesverbal de ces nouvelles élections mentionne « le sire Pierre Cuthe (sic) laisné, juré appoticaire et espicier », comme ancien garde devant continuer ses fonctions pendant l’année 1584.
En 1588,1e 30 janvier, « sire Pierre Qutes (sic), marchand apothicaire, demeurant rue Sainte-Avoye », est élu juge des marchands.
Le lendemain, il est présenté « à Nosseigneurs de la Cour », qui lui font prêter serment, puis il entend la messe en l’église Saint-Médéric, et il se rend « dans la maison et place commune des marchands en leur chambre de conseil » pour y tenir l’audience \
p. 306 et 307. Dans l'Ordre chronologique des Juges et Consuls de la ville de Paris, depuis leur établissement- suivant l'édit du roy Charlés IX, donné à Paris au mois de novembre 1563, imprimé en l'année 1755 (p. 5 et 7), le nom de Quthe est écrit Qute.
Archivés des apothicaires de Paris. Regislre n° 7, fol. 150 v°.