‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 102 sur 250 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

regardé faire tos hommes tandis qu'ils s'efforçaient de monter ce canon là-4iaut , et je me figure que si vous preniez une barrique , que si vous y enfonciez ime caronade bien entortillée de linge, et remplissiez les vides restant avec de la filasse et de vieux bouts de c€i*cle , vous parviendriez ainsi à la trévirer jus-^ qu'au sommet. Le capitaine tipa cinq doublons^ et les lui donna. Camarade , dit^il ,. vous méritez la somme pour l'idée que vous avez eue , quand même elle ne réussirait pas. Mais elle réussit à merveille, M. Simple, et le lendemain, à leur extrême surprise, nous ouvrîmes le feu sur ces mendiants de Français (1), dont le caquet fut bientôt rabaissé. Un de leurs ofliciers , qui se laissa prendre , me demanda comment nous étions parvenus à jucher notre pièce au sommet de la montagne; mais ne voulant pas que la raèche s'éventât , je lui confiai , comme un grand secret, qu'une souris nous avait aidés. — Ventrebleu ! s'écria-t-il, en ouvrant de grands yeux, et il me quitta,

convaincu que je lui avais dit la vérité Mais,

M. Simple, n'e^t-ce pas une voile qu'on aperçoit dans la direction de la pointe ?

C'en était une. J'allai avertir O'Brien qui monta sur le pont et commanda de donner la chasse. Au bout d une demi-heure , nous attcignimes le bâtiment; il arbora les couleurs américaines, et se troU" va être un brigantin chargé jusqu'au platboid, qui

(1) French beggars. C'est un coiUre-inaîlre qui parle ainsi, et c'était )e langage de sun tcinps. A. M.

ne dépassait pas l'eau d'un pied. Son chargement consistait en ce que les Américains appellent « des notions, » c'est-à-dire une cargaison assortie ; de ses mats jusqu'à moitié , étaient suspendus des paniers de pommes , de patates , d'ognons et de différentes espèces de noix. Son pont était encombré de bestiaux , de moutons , de porcs, et d'ànes. Les entre-ponts étaient pleins de lattes , de gros meubles , et d'une multitude de marchandises trop variées pour que j'en essaie l'énumération; je montai à bord, et demandai au maitre où il allait.

— Ma foi , répondit-il , je cherche des acheteurs partout , sans aller précisément nulle part ; et je suppose que vous ne m'arrêterez pas.

— Non , si vous êtes en règle ; mais il faut que j'examine votre loch.

— Soit, je n'ai pas d'objection à vous le montrer. Et il l'apporta sur le pont.

Je n'avais pas beaucoup le temps de l'examiner , mais le peu que j'en lus me sembla très divertissant. C'était d'un bout à l'autre des remarques comme celles-ci : Latitudes de cheval — fort à court d'eau ,^ — tué un bœuf à museau blanc — pris un dauphin, dont j'ai mangé à diner , — entamé le baril de mélasse n" 1 , lettre A. Belle nuit, — vue de petites choses rondes qui flottaient sur l'eau, — j'en ai péché un plein seau , croyant que c'étaient des perles j mais j'ai reconnu mon erreur, — ce n'étaient que des vaisseaux de guerre portugais, — je les ai

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